Giono, entre l’ombre et la lumière

L'écrivain français Jean Giono est photographié sur le tournage d'un de ses films en 1970.
TREMELLAT Agence France-Presse L'écrivain français Jean Giono est photographié sur le tournage d'un de ses films en 1970.

Pour souligner les 50 ans de la mort de Jean Giono (1895-1970), écrivain multiple et prolifique, humaniste et pacifiste, épris de la nature, rien de mieux qu’un voyage entre l’ombre et la lumière. Au-delà des clichés sur le fils de Manosque, des films de Marcel Pagnol au Hussard sur le toit.

C’est ce que nous propose Giono, catalogue d’une exposition présentée au Mucem jusqu’au 17 février 2020 — le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille, en France. Un récit visuel et littéraire à travers la vie et l’œuvre de l’écrivain, où passent manuscrits, archives familiales et administratives, reportages photographiques, presse, carnets de travail et scénarios annotés de son écriture tirée au cordeau.

Autant d’artefacts qui viennent dialoguer avec les textes de quelques auteurs contemporains qui y expriment leur admiration et leur attachement aux œuvres de Giono, écrivain qui interroge comme personne la place de l’homme dans le monde.

Ainsi, parmi les contributeurs de ce Giono, sous la direction d’Emmanuelle Lambert, commissaire de l’exposition présentée au Mucem et auteure d’un récent Giono, furioso (Stock, prix Femina Essai 2019), on retrouvera les écrivains J.M.G. Le Clézio, Philippe Claudel, Sylvie Germain et Sylvain Prudhomme (Par les routes, prix Femina).

Même s’il existe, il est vrai, un Giono « solaire », lumineux et lyrique, nourri par les paysages de son Sud, ce vétéran du conflit de 1914-1918, traumatisé par la guerre, par les tranchées, les morts, la barbarie, a trouvé dans cette expérience radicale la source de son pacifisme. De quoi nourrir son attitude pendant l’Occupation.

La liste noire

« Je préfère être un Allemand vivant qu’un Français mort », a-t-il écrit, une phrase que plusieurs ne lui ont jamais pardonnée. Il sera d’ailleurs arrêté en septembre 1944, pour une œuvre de fiction publiée dans un journal antisémite et un reportage sur lui dans un magazine nazi. Même si pendant la guerre, on le sait, il avait caché des juifs et des résistants.

Inscrit après-guerre sur la liste noire du Comité national des écrivains, Giono ajoutera un peu plus d’ombre à sa palette.

Le bédéiste et illustrateur Jacques Ferrandez (auteur des Carnets d’Orient en dix volumes), après avoir mis en bande dessinée Madame Bovary et L’étranger, s’offre Le chant du monde, roman de 1934 qui appartient à la première veine de l’œuvre de Giono — où la nature plutôt que l’homme en occupe le centre.

L’odeur presque vivante des pins, le bruit de la sève qui coule au printemps, le goût de l’eau : il y a dans le roman tout un lyrisme naturaliste que les dessins de Ferrandez rendent avec difficulté.

La mission était peut-être même impossible.

Et chez Le Clézio, on le comprend bien, l’œuvre de Giono résonne avec éclat : « Son combat est celui d’un homme qui croit de toutes ses forces en la nature, et qui l’oppose au monde moderne, non pas parce que le monde est moderne, mais parce qu’il est inhumain. »

 

Giono // Le chant du monde

Collectif, Gallimard, Paris, 2019, 320 pages ★★★★  // Jacques Ferrandez, Gallimard, Paris, 2019, 162 pages ★★★ 1/2