L’UQAM fait la part belle aux livres anciens

Détail des caractères et des enluminures d’un livre ancien
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Détail des caractères et des enluminures d’un livre ancien

Sur la peau parcheminée des magnifiques livres d’heures enluminés du tout nouveau centre de livres rares de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), on voit encore les traces laissées par le poil de l’animal ayant servi à leur confection, au XVe siècle. C’est aussi sur du parchemin qu’on peut lire une bible portative de 1172 pages du XIIIe siècle. « Cette bible est un exploit d’écriture tellement les caractères sont petits », explique Sylvie Alix, responsable des livres rares et des collections spéciales de l’UQAM.

À l’époque, l’écriture d’un seul exemplaire d’un tel ouvrage pouvait prendre de longs mois. « Cela variait d’un scribe à l’autre. Mais c’est une bible sans enluminures et sans miniatures », précise Mme Alix.

Ces livres proviennent de la collection de l’École des beaux-arts de Montréal, qui en a fait don à l’UQAM au moment de la fondation de l’université, en 1969.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Ces livres proviennent de la collection de l’École des beaux-arts de Montréal.

Cinquante ans plus tard, cette collection a rejoint deux autres dons importants faits à la même époque, soit ceux des Jésuites du Collège Sainte-Marie et de l’École normale Jacques-Cartier.

Ils sont désormais rassemblés dans le nouveau Centre des livres rares et des collections spéciales de l’UQAM. Ce centre, qui offre des conditions optimales de conservation, vient d’être aménagé, à l’angle des rues Berri et Sainte-Catherine. Il prend place sur le site de l’ancien presbytère des prêtres de Saint-Sulpice, qui a aussi déjà été occupé par les résidences des Soeurs de Marie-Réparatrice.

« Auparavant, le presbytère occupait 1200 pieds carrés », explique la personne à la réception de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, attenante à l’UQAM. La paroisse n’a conservé qu’un espace administratif. L’UQAM a d’ailleurs également profité de la libération de ces espaces, voisins des bibliothèques, aux étages supérieurs, pour agrandir ceux destinés aux étudiants.

De nouvelles acquisitions

Les livres cités plus haut ne sont désormais plus les doyens de la collection de l’UQAM. Le Centre de livres rares et des collections spéciales vient de faire l’acquisition de trois ouvrages, dont le plus ancien date du XIIe siècle. « Il s’intitule Sermons of the Psalms, de Philip The Chancellor. Il est orné d’un sceau protogothique », dit Mme Alix. Pour souligner son 50e anniversaire et l’inauguration du centre, l’UQAM présentera une série d’expositions mettant en valeur ses collections.

La première portera sur la collection léguée par les Jésuites du Collège Sainte-Marie, au moment de la fermeture de cet établissement, en 1969.

Dans la vitrine du centre, on peut donc voir un exemplaire des Colloques d’Érasme, datant de 1554. Érasme avait introduit dans son manuel de conversation latine des idées réformatrices, dont celle, par exemple, de confier l’aumône faite aux mendiants aux municipalités, explique Brenda Dunn-Lardeau, professeure au Département d’études littéraires de l’UQAM et commissaire de l’exposition avec la directrice du Département d’histoire, Lyse Roy. À cause de ses idées jugées « subversives », Érasme était mis à l’index par l’Église. Aussi, l’exemplaire légué par les Jésuites porte-t-il la mention « Enfer », encerclée de rouge, à l’intérieur de sa jaquette.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La professeure Brenda Dunn-Lardeau examine des ouvrages de la collection de l’UQAM. 

« Cela voulait dire que ça ne pouvait pas aller dans toutes les mains, explique Mme Dunn-Lardeau. Mais cela voulait aussi dire que certains professeurs pouvaient y avoir accès. »

La chercheuse voit également une preuve de l’ouverture d’esprit des Jésuites dans le fait qu’ils conservaient dans leur collection une Vitae Patrum (Vie des pères), préfacée par le réformateur allemand Martin Luther. L’exemplaire porte également des marques de censure et était classé « enfer » au Collège Sainte-Marie.

Récits de voyage

La riche collection de l’UQAM a également pu compter, dès sa création, sur la collection du premier directeur de l’École normale Jacques-Cartier, Hospice-Anthelme Verreau. Bibliophile, ce dernier avait collectionné de nombreux récits de voyage rares et précieux. On trouve dans le lot l’édition de 1602 des America pars IX, par Matthias Becker, où les gravures représentant des Autochtones nus ont été censurées, les parties génitales étant couvertes d’encre bleue. Cette collection présente également l’édition de 1613 des Voyages du sieur de Champlain, dotée d’une carte pliée de la Nouvelle-France.

L’ensemble de la collection de livres rares de l’UQAM a été réorganisé dans le nouveau centre, auquel chercheurs et étudiants auront accès sur demande. Pour Sylvie Alix, la mise en valeur de ce patrimoine contribuera grandement au rayonnement de la collection.
 

Les manuscrits, par exemple, intéressent les experts en codicologie, en diplomatique, soit l’étude de textes institutionnels, ou en histoire de l’art. Sylvie Alix est d’ailleurs très fière d’une toute nouvelle acquisition du centre : un manuscrit en Anglicana cursive. « C’est particulièrement beau, en raison des boucles de la lettre d, qui sont remplies au lieu d’être vides », dit-elle. 

À l’époque des manuscrits, le parchemin, obtenu avec la peau de veau, et le vélin, qu’on faisait la peau d’un veau mort né, coûtaient particulièrement cher. « Dans un monastère, un folio de grand format d’une quarantaine de pages pouvait certainement requérir sept, huit ou neuf bêtes », raconte Mme Alix. Pour économiser les peaux, les scribes du latin utilisaient de nombreuses abréviations, qui témoignent également de l’évolution de la langue dans le temps.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que la directrice du Département d’histoire de l'UQAM se nommait Louise Roy, a été corrigée.