Le Québec d’avant et le Québec d’après

La journaliste Josée Boileau, ancienne rédactrice en chef du «Devoir», qui couvrait les événements de Polytechnique pour «Le Devoir», lance un livre.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La journaliste Josée Boileau, ancienne rédactrice en chef du «Devoir», qui couvrait les événements de Polytechnique pour «Le Devoir», lance un livre.

Nous avons vieilli, elles non. Trente ans plus tard, nous ne pouvons que nous souvenir. Et c’est dans un geste de mémoire que la journaliste Josée Boileau, ancienne rédactrice en chef du Devoir, qui couvrait les événements ce jour-là pour Le Devoir, lance le livre Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes, soulignant les 30 ans du meurtre de 14 étudiantes de Polytechnique par Marc Lépine, le 6 décembre 1989.

Le livre est une initiative du Comité Mémoire, présidé par Catherine Bergeron, la soeur de Geneviève Bergeron, l’une des victimes. Par son titre même, l’ouvrage met l’accent sur cette violence ouvertement antiféministe perpétrée par Marc Lépine. Il détaille également l’histoire du mouvement féministe depuis 1969, soit 20 ans avant les événements.

Ce jour-là, avant les événements donc, la vie bourdonnait à Polytechnique, comme partout à Montréal. Le service de police de la communauté urbaine, avant d’être dépêché à Polytechnique, enquêtait sur le meurtre d’une autre femme, Valérie Dalpé, d’ailleurs resté irrésolu.

Puis, il y eut les vingt minutes fatidiques, la violence extrême de Marc Lépine, qui n’a choisi que des femmes pour cibles.

Lépine traînait depuis quelques jours déjà dans les corridors de l’école. Au bureau d’enregistrement, une préposée lui avait même demandé, le jour du drame, si elle pouvait l’aider.

Josée Boileau relate en détail le cafouillage des policiers, qui ne sont entrés dans l’école que vingt minutes après être arrivés sur les lieux, et après avoir appris que le tueur s’était suicidé.

Réaction au féminisme

Autour de ce moment sinistre de l’histoire du Québec, Josée Boileau a écrit un avant et un après.

Il est d’ailleurs troublant de retrouver, sous sa plume, l’effervescence du mouvement féministe des années précédentes, et le contraste de cet engagement collectif, triomphal malgré ses revers, avec la violence aveugle et trouble d’un Marc Lépine déchaîné. Ce dernier l’a dit, il avait pour cible les féministes.

« De cette affirmation qui fait frémir, écrit Josée Boileau, il faut retenir que, de fait, quiconque était comme lui né au Québec dans les années 1960 avait vu sa vie complètement transformée par le formidable bouleversement social qu’est le féminisme. »

Prise de conscience

Il y a eu un avant, il y a aussi eu un après. Cet après est marqué par la prise de conscience douloureuse de la gravité de la violence faite aux femmes.

Un rapport publié en 1993, colligeant des données récoltées à travers le Canada, établit que « 51 % des Canadiennes ont été victimes d’un acte de violence physique ou sexuelle depuis l’âge de 16 ans » et que « 25 % ont été victimes de violence de la part d’un conjoint, actuel ou passé ».

« Le sujet est dorénavant dans l’air du temps », écrit Josée Boileau. Même constat quant au débat sur les armes à feu, qui fait surface dès la première semaine suivant les événements.

Ce Québec qui poursuit sa marche, les victimes de Polytechnique ne le verront pas. Mais elles y auront participé à leur manière. Pour perpétuer leur mémoire, Josée Boileau s’est employée à décrire la vie de chacune d’entre elles, photos à l’appui.

Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes

Josée Boileau, Éditions La Presse, Montréal, 2019, 256 pages