«Le garçon au fond de la classe»: le jeune réfugié

À travers le regard naïf, bien intentionné et rempli d’empathie du personnage principal, Onjali Q. Raúf aborde par la bande l’intimidation, le racisme systémique, l’injustice sociale, le laxisme politique et le pouvoir des médias.
Photo: Gallimard À travers le regard naïf, bien intentionné et rempli d’empathie du personnage principal, Onjali Q. Raúf aborde par la bande l’intimidation, le racisme systémique, l’injustice sociale, le laxisme politique et le pouvoir des médias.

Bouleversée par les images du petit Alan Kurdi, réfugié s’étant noyé dans la mer Égée, l’autrice anglaise d’origine bangladaise Onjali Q. Raúf se rend peu après dans un camp de réfugiés à Calais. C’est là qu’elle puise l’inspiration de son premier roman, Le garçon au fond de la classe, où l’on suit les péripéties de quatre enfants de neuf ans souhaitant aider leur nouvel ami, Ahmet, courageux réfugié syrien s’exprimant en kurde, à retrouver ses parents.

Porté par la voix de l’un des quatre attachants jeunes Anglais, dont nous découvrirons graduellement l’identité au fil du récit, histoire de déjouer les attentes, Le garçon au fond de la classe aborde la crise des migrants telle que vécue par les élèves d’une école provenant de différentes classes sociales. À travers le regard naïf, bien intentionné et rempli d’empathie du personnage principal, Onjali Q. Raúf aborde par la bande l’intimidation, le racisme systémique, l’injustice sociale, le laxisme politique et le pouvoir des médias.

Gros programme, direz-vous. Certes, mais ne craignez rien pour vos jeunes lecteurs puisque l’autrice traite habilement chaque sujet avec des explications claires et concises ainsi qu’avec des exemples de la vie quotidienne en faisant entrer en scène des personnages adultes, lesquels ne sont pas tous vertueux ni ouverts d’esprit. Pas plus que les enfants d’ailleurs, dont certains sont cruels et aucunement charitables. Bref, comme dans la vie.

Tendre, drolatique et touchant, Le garçon au fond de la classe s’avère un roman vibrant, mené tambour battant, avec des moments tour à tour plausibles, cocasses et choquants. On tiquera peut-être devant quelques grosses ficelles et coups de théâtre, mais on ne résistera pas à la générosité, à la témérité et à la débrouillardise des petits héros. Et on se laissera surtout prendre par l’émotion devant la résilience d’Ahmet.

 

Le garçon au fond de la classe

★★★ 1/2

Onjali Q. Raúf, traduit de l’anglais par Marie Leymarie, illustré par Pippa Curnick, Gallimard Jeunesse, Paris, 2019, 317 pages (9 à 12 ans)