Quand la littérature s’invite à table

Les autrices Caroline Huard, Catherine Lefebvre et Geneviève O’Gleman
Marie-France Coallier Le Devoir Les autrices Caroline Huard, Catherine Lefebvre et Geneviève O’Gleman

Certains livres culinaires nous accompagnent pendant plusieurs années, d’autres traversent les générations. Nous les choisissons tantôt pour leur aspect attrayant, tantôt pour leur côté pratique. Mais toujours, nous les choisissons avec plaisir. Peu importe le rapport que nous entretenons avec eux, nous sommes tous concernés par le sujet qu’ils traitent : l’alimentation.

« Oui, il y en a trop. C’est pour ça que, si l’on met un livre de plus dans l’univers, il se doit d’être pertinent », répond du tac au tac Geneviève O’Gleman quand on lui demande s’il y a trop d’ouvrages sur le sujet. Nutritionniste, elle est à la tête du webmagazine Savourer en plus d’être l’autrice de plusieurs livres pratiques, dont Les lunchs et Soupers rapides, parus cette année aux Éditions de l’Homme.

Catherine Lefebvre, elle aussi nutritionniste et autrice, abonde dans son sens, tout comme Caroline Huard, dite Loounie, la femme derrière Loounie cuisine, un livre présentant des recettes et des astuces 100 % végétales et que l’on peut apercevoir dans le nouveau magazine culinaire Moi j’mange, sur les ondes de Télé-Québec.

Malgré une semaine médiatique chargée en raison de l’annonce de nouveaux projets et d’une table ronde qu’elles tiendront ensemble au Salon du livre de Montréal ce week-end, elles arrivent tout sourire à notre rendez-vous. La complicité est palpable entre les trois autrices et amies.

Un livre, ce n’est pas comme un site Web où l’on peut ajuster les images ou les recettes. C’est imprimé, c’est dans le ciment. Le message ne bougera pas. On veut donc qu’il soit le plus durable possible.

 

Recettes et réseaux sociaux

« Des fois, je me demande pourquoi les gens décident de faire une recette de cari végane tirée de mon livre alors qu’il y en a à peu près 300 sur Pinterest. C’est comme si j’y apposais mon sceau d’approbation. La recette rejoint leurs valeurs. Elle est bonne, elle a été testée », ajoute Loounie, très influente sur les réseaux sociaux.

Toutes s’entendent pour dire que la publication de tels ouvrages vient avec une certaine responsabilité. L’influence qu’elles peuvent exercer n’est pas à prendre à la légère. Du choix des plats et des ustensiles utilisés jusqu’à la portion suggérée, tout est étudié.

« Un livre, ce n’est pas comme un site Web, où l’on peut ajuster les images ou les recettes. C’est imprimé, c’est dans le ciment. Le message ne bougera pas. On veut donc qu’il soit le plus durable possible », affirme Geneviève O’Gleman, qui réfléchit minutieusement à chacune des recettes qu’elle présente.

L’idée n’est pas de proposer un mode de vie inflexible, mais plutôt des pistes de réflexion qui agiront de façon continue sur les lecteurs, que ce soit consciemment ou non.

« Je me souviens d’un vieux livre de recettes plutôt drabe sur l’alimentation végétarienne qui appartenait à ma mère. C’est le premier que j’ai utilisé, adolescente. Aujourd’hui, je ne suis pas végétarienne, mais ce livre m’a grandement influencée. Pendant longtemps, je n’ai pas mangé de viande », se souvient Catherine Lefebvre.

Loounie, quant à elle, a carrément cessé de consommer des produits d’origine animale ou issus de leur exploitation depuis l’automne 2011. Elle en a alors profité pour faire le ménage de sa bibliothèque. « Chez moi, je n’ai aucun livre qui n’est pas végane. Dans ma tête, la viande, ça n’existe plus. »

Cuisine et réflexion

Peu importe que ce soit pour des raisons liées à la santé, au bien-être animal ou à l’environnement, l’important, quand on choisit un livre de cuisine, c’est la réflexion qu’il engendrera. Nous n’y trouverons pas forcément toutes les réponses, mais il suscitera de nouvelles questions.

« Je ne veux pas seulement améliorer les connaissances des gens, je veux améliorer leurs comportements. C’est ça qui compte, dans le fond. Les connaissances n’améliorent pas la santé, il faut passer à l’action », explique Geneviève O’Gleman.

« Une habitude, c’est un comportement qu’on répète. Or, on peut seulement modifier un comportement si l’on modifie aussi les croyances sous-jacentes. Et les croyances, elles viennent de ce qu’on nous a enseigné à l’école, de nos lectures, des valeurs que nos parents et nos pairs nous ont transmises », précise Loounie, qui s’est malgré tout fait reprocher à plusieurs reprises de ne pas assez défendre le véganisme.

Les trois femmes, malgré des styles différents, privilégient une approche plus positive que revendicatrice. Elles ne feront jamais l’éloge d’un régime, mais plutôt du plaisir de manger de façon variée, en proposant les outils nécessaires à leurs lecteurs.

« Choisir ses combats, tracer sa ligne, pour ne pas tomber dans l’orthorexie ou l’écoanxiété », c’est ce que prône Catherine Lefebvre. « Et il ne faut pas faire de compromis sur le goût. »

Les autrices seront au Salon du livre de Montréal les 23 et 24 novembre.

Pour alimenter la discussion et poursuivre la réflexion

Bernard Lavallée et Catherine Lefebvre lançaient tout récemment un nouveau balado, On s’appelle et on déjeune, sur la nouvelle application OHdio de Radio-Canada. Une fenêtre sur des conversations entre les deux amis passionnés d’alimentation, qui adorent partager leurs découvertes et discuter de sujets qui font réfléchir.

Le vendredi 22 novembre, à 16 h, Geneviève O’Gleman, Catherine Lefebvre et Loounie animeront une table ronde dans le cadre du Salon du livre de Montréal sur un sujet qu’elles connaissent bien : l’influence des livres sur notre alimentation.