«Les traces d’un papillon»: une Québécoise pure soie

Sorte d’autobiographie libre dans laquelle Zhimei Zhang narre, sans ordre chronologique, les faits saillants de sa vie ici, «Les traces d’un papillon» nous donne à découvrir un personnage fort attachant.
Photo: Blanches Bulles Sorte d’autobiographie libre dans laquelle Zhimei Zhang narre, sans ordre chronologique, les faits saillants de sa vie ici, «Les traces d’un papillon» nous donne à découvrir un personnage fort attachant.

Il y a de ces êtres à qui on ne peut rien refuser. Non parce qu’ils s’imposent avec force et ruse, repoussant l’autre dans ses derniers retranchements, mais au contraire parce qu’ils se présentent avec sollicitude et humilité. Zhimei Zhang, qui signe aujourd’hui son second récit, Les traces d’un papillon, est du nombre. Il faut dire qu’elle-même ne décline aucune invitation, se prêtant volontiers aux rencontres et à l’aventure, aux déchirements et aux beautés qui en résultent.

Après la publication de Ma vie en rouge. Une femme dans la Chine de Mao, l’auteure se propose cette fois « de plonger dans son prochain grand défi : le récit en français de sa vie comme immigrante au Canada, complément au récit en anglais de sa vie en Chine, publié il y a dix ans ». Celle que ses amis montréalais surnomment affectueusement la « Québécoise pure soie ou la Québécoise rouge » est arrivée au pays en 1985 et se remémore avec plaisir les chocs culturels auxquels elle a fait face, de même que les invitations amicales à découvrir sa société d’accueil.

Sorte d’autobiographie libre dans laquelle elle narre, sans ordre chronologique, les faits saillants de sa vie ici, Les traces d’un papillon nous donne à découvrir un personnage fort attachant, s’épanouissant dans une liberté chèrement acquise. Relatant son immersion culturelle et linguistique dans le village de Beaumont, ses expériences inattendues de comédienne et le don de ses collections de broderie et de porcelaine aux musées, la grande dame couve chaque événement d’une douceur tendre. Sous le jet de sa lumière, les personnages sur sa route se coiffent d’une auréole, témoignant de la capacité de Zhang à faire sortir le meilleur des gens qui l’entourent.

Tandis que les anecdotes sont nombreuses et contiennent quelques belles trouvailles, certaines auraient mérité d’être plus investies, pour faire ressortir la vulnérabilité, les difficultés, mais aussi la félicité et l’amour qu’elles ont fait naître. Du reste, quelques réflexions paraissent éculées, voire naïves, en comparaison de celles qui rendent compte d’une indéniable sagesse : « C’est le passé qui m’a façonnée. Je sais ce que ça signifie de perdre et de retrouver, de s’immerger et d’émerger, d’être humiliée et d’être respectée, de s’ignorer et de se retrouver, de recommencer à zéro et de devenir autonome. »

Un épisode au puissant ressort dramatique mérite cependant mention. À l’occasion de son retour en Chine, en 2017, l’auteure retrouve le leader d’un groupe radical de la Garde rouge qui, 50 ans plus tôt, l’avait accusée et arrêtée. Dans ces retrouvailles aussi improbables que spectaculaires, l’ouverture de la protagoniste et la repentance de cet ancien bourreau nous arrachent des larmes.

Les traces d’un papillon trouvera son lectorat, prêt à passer l’éponge sur ces récits parfois trop candides, embrassant leur ton léger et cette sérénité de laquelle émane une contagieuse joie de vivre. Après tout, qui pourrait résister à cette femme qui, dit-on, a « une aurore boréale dans le sourire » ?

Zhimei Zhang sera au Salon du livre de Montréal le 23 novembre.

 

Extrait de «Les traces d’un papillon»

En Chine, j’avais eu la chance de décrocher un emploi permanent, ce qu’on appelle là-bas ­ « un bol de riz en fer » (iron rice bowl), c’est-à-dire un bol de riz incassable. Je m’y étais d’ailleurs consacrée avec une obéissance absolue, chaque chose ayant son prix. Mais j’avais fini par trouver cela trop cher payé. Et voilà qu’à 50 ans, je décidais de troquer le pays du bol de riz en fer pour un monde de liberté, où tous les bols étaient cassables et où rien n’était garanti.

Les traces d’un papillon

★★ 1/2

Zhimei Zhang, VLB éditeur, Montréal, 2019, 188 pages