«La tentation» de Luc Lang reçoit le prix Médicis

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions.
Photo: Eric Feferberg Archives Agence France-Presse Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions.

Le romancier français Luc Lang, finaliste malheureux du Femina, a remporté vendredi le prix Médicis pour La tentation (Stock), roman sombre et puissant qui raconte, à hauteur d’homme, l’histoire d’un monde en train de s’effondrer.

Le Médicis étranger a été attribué à l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir pour Miss Islande, traduit de l’islandais par Eric Boury (Zulma). Le Médicis essai a été attribué à Bulle Ogier et Anne Diatkine pour J’ai oublié (Seuil).

« J’ai essayé d’écrire une apocalypse », confiait récemment Luc Lang, âgé de 63 ans, à un journaliste de l’AFP.

Le livre était finaliste du prix Femina décerné mardi à Sylvain Prudhomme pour Par les routes (Gallimard).

Le héros de La tentation, François, la cinquantaine, est un chirurgien renommé. Chasseur, on le découvre au début du roman tenant dans sa ligne de mire un grand cerf à seize cors. François hésite, tire et blesse l’animal.

Est-ce là que tout commence à basculer ? François choisit de soigner l’animal plutôt que de l’achever. Au moment où il s’apprête à rejoindre l’animal blessé, une voiture surgit brutalement sur la petite route de montagne. Dans l’habitacle, François croit voir le visage apeuré de sa fille.

François est père de deux enfants. Mathieu, son fils exilé à New York, est financier international, adepte de placements à risques. Mathilde, sa fille, a abandonné ses études de médecine pour suivre un golden boy, client de son frère, peu scrupuleux.

À travers ses enfants, François est le témoin d’un monde, le sien, en train de disparaître.

Habitué des apocalypses

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions. Dans un monde où l’argent est roi, quelle place reste-t-il pour des valeurs devenues ringardes comme l’humanisme, la compassion ou la charité ?

« Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours », déplorait l’écrivain lors de sa rencontre avec l’AFP.

Dans le monde cupide et sans affect incarné par ses enfants, François le chasseur, François « l’honnête homme » au sens qu’il avait au XVIe siècle, n’est-il pas devenu la proie comme le cerf qu’il tenait dans sa ligne de mire ? Le roman s’achève dans une explosion de violence, une apocalypse où, étrangement, l’espoir demeure. « Je voulais une apocalypse joyeuse », avait confié l’écrivain.

L’an dernier, le prix Médicis avait été décerné à Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

Rappelons que Querelle (Nouvel Attila), du jeune auteur québécois Kevin Lambert, ne faisait finalement pas partie de la deuxième sélection des romans français concourant au prestigieux prix littéraire Médicis. Par erreur, le média français Livres Hebdo, très souvent premier à annoncer les livres finalistes et lauréats des grands prix français, avait glissé la version française de Querelle de Roberval parmi les livres sélectionnés. Le site officiel du prix Médicis, lui, n’a pas été mis à jour depuis 2014 et ne permet pas de valider les informations d’actualité.

Avec Le Devoir