«Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon»: une confession

L’auteur français Jean-Paul Dubois au moment de recevoir le prix Goncourt à Paris, le 4 novembre dernier, pour son roman «Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon».
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse L’auteur français Jean-Paul Dubois au moment de recevoir le prix Goncourt à Paris, le 4 novembre dernier, pour son roman «Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon».

Comme les saisons, les prix Goncourt se suivent et ne se ressemblent pas. Pour son 22e livre aux Éditions de L’Olivier — qui remportent pour la première fois le plus prestigieux prix littéraire français —, Jean-Paul Dubois, 69 ans, déjà Prix Femina en 2004 pour Une vie française, s’offre les grands honneurs.

Toulousain marié avec une Québécoise, l’auteur de Kennedy et moi fait un peu figure d’outsider dans le microcosme littéraire parisien. Lecteur de John Updike et de Philip Roth, Dubois prête à son nouveau roman ses habituelles tonalités mélancoliques et son humour un peu désabusé.

Né à Toulouse en 1955, fils d’un pasteur protestant danois et d’une Française qui dirige un cinéma d’art et d’essai, Paul Christian Frederic Hansen, narrateur de Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, partage en 2009 une cellule de la prison de Bordeaux, à Montréal, avec un Hells Angel bodybuildé accusé de meurtre et qui s’exprime comme un titi français. Il lui reste un an à purger pour un crime commis à l’époque où il était depuis vingt ans gérant de L’Excelsior, un immeuble de prestige de 68 condos situé dans le quartier Ahuntsic à Montréal.

Enfermé dans ce « monde clos fait de souffrance encagée », il en profite pour se confesser et nous raconter, avec des allers-retours entre le présent et le passé, sa vie et celle de ses parents, de sa naissance à sa libération, en passant par les circonstances de sa chute. Son père, pasteur qui a perdu son poste après que sa femme, en 1975, eut programmé au cinéma le célèbre film pornographique Deep Throath, avait choisi de s’exiler à Thetford Mines au Québec — où son fils l’a suivi.

Un dispositif narratif sans grande originalité, un peu fourre-tout, pratique notamment pour évoquer Barack Obama ou sa propre femme, Winona Mapachee, mi-Algonquine mi-Irlandaise, morte tragiquement dans l’écrasement de l’hydravion qu’elle pilotait. Mais pour un lecteur québécois, l’exotisme du roman de Jean-Paul Dubois risque de laisser un drôle d’arrière-goût, avec sa part inévitable de clichés, d’approximations, d’erreurs, de banalités et d’humour involontaire.

Avec sa sentence de « deux ans ferme », son protagoniste devenu « Franco-Canadien » (sic) n’aurait jamais dû se retrouver à la prison de Bordeaux, mais dans un pénitencier fédéral.

On se demande aussi où il a appris que le Ô Canada a été « composé à partir d’un poème du lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille mis en musique par Guillaume Ouellet » (re-sic). Au final, une histoire un peu quelconque, sans révélation ni transformation.

Extrait de « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »

Je connais un des mecs qui sont arrivés aujourd’hui. C’est un vrai crosseur. Y en a pas un autre à Montréal pour te maquiller en vitesse des bécanes volées. Il te fait le boulot en une aprèm. Ceci dit, tu t’en souviens. Quand tu vois ce qu’il te demande tu comprends vite que le mec y bosse pas pour l’Armée du salut. À part ça, c’est un vicelard qui se balade en permanence avec une lame sur lui. Je lui donne pas vingt-quatre heures pour qu’il s’en fabrique une ici. Lui, tu vois, j’ai même pas besoin de me poser la question, je sais qu’il finira mal. Un jour, moi je te le dis, le mec il va tomber sur un as du katana qui va le découper en deux morceaux. Comme ils disent dans la Bible, ç’ui-là qui te menace au poignard, il finira dans le hachoir.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

★★★

Jean-Paul Dubois, L’Olivier, Paris, 2019, 248 pages