La traversée de Pet et Répète

Illustration de Guillaume Perreault tirée de «Pet et Répète. La véritable histoire»
Illustration: Fonfon Illustration de Guillaume Perreault tirée de «Pet et Répète. La véritable histoire»

Pet et Répète s’en vont en bateau, Pet tombe à l’eau, qui est-ce qui reste ? Répète. Cette historiette entendue et retransmise de bouche à oreille depuis si longtemps, à quelques variantes près, n’a plus de secret pour personne. Quoique… Et si le duo de cette blague avait un passé et un avenir fait de rebondissements, d’échecs, de succès ? Que Pet n’était jamais tombé à l’eau ? Et que Répète avait un petit problème d’ouïe ?

Grâce à Katia Canciani et à Guillaume Perreault, la destinée de ce couple de plaisantins est enfin connue dans Pet et Répète. La véritable histoire. Dès l’amorce du récit, qui nous transporte au jour de la naissance des jumeaux, leur personnalité les prédestine à un avenir singulier.

« L’un d’eux a toujours des gaz, tandis que l’autre est dur d’oreille », ce pourquoi leur maman en « fine observatrice, les appelle Pet et Répète ». Si les garçons sont d’abord la cible de railleries en raison de leur léger problème, ils sauront rapidement se servir de ces défauts pour amuser la galerie.

L’un pète, l’autre lui demande de répéter et ainsi de suite formant un nuage où se mêlent rires et odeurs nauséabondes dans une ronde des plus truculentes.

Or, l’écriture rythmée, brodée de rimes chantantes, l’élégance du style de l’auteure lui permettent d’aller plus loin que la simple histoire comique. Avec finesse et sagacité, Canciani met en lumière la complicité et la solidarité fraternelle. Malgré les échecs, ou l’âge qui freine les élans des amuseurs, la relation entre les frères exprime la beauté d’un lien entretenu de l’enfance à la vieillesse. Dans un sens aiguisé du récit, l’auteure de Sofia ou le marchand ambulant (400 coups) parvient à transformer une phrase répétitive et quelque peu lassante en réel récit de formation.

Le sens du rythme comme la sensibilité perceptible chez Canciani trouvent écho dans les tableaux de Guillaume Perreault. L’illustrateur joue à la fois d’humour et de tendresse. Eh oui, car si le style caricatural de l’artiste laisse place à la fantaisie, il y a dans son trait épuré, dans sa façon de présenter les scènes, une grande charge d’amour et d’amitié. La personnalité des héros se démarque d’abord par l’ajout de détails qui permettent au lecteur d’image de ressentir les scènes. Pet ne se déplace jamais sans laisser derrière lui quelques nuages verts malodorants, alors que Répète tend ses grandes oreilles afin d’entendre ses interlocuteurs.

Au-delà de ces détails drôles et signifiants, l’émotion perceptible sur le visage des personnages ajoute à la complicité déjà présente dans le texte. Quelques lignes fines sur les visages suffisent à lire tour à tour, la peur, la colère, l’inquiétude et le plaisir des jumeaux.

Cette fable facétieuse aux grands possibles gagne assurément à être découverte, relue et répétée haut et fort.

Extrait de «Pet et Répète. La véritable histoire»

Pet et Répète ont une enfance heureuse. Leur maman leur fait un gros câlin tous les matins. Leur papa leur raconte une histoire tous les soirs. Et c’est toujours accompagnés de leur fidèle chien Rapporte qu’ils vont s’acheter des bonbons au magasin. Lorsqu’ils commencent l’école, ça se gâte un peu. Ils sont d’abord la cible de moqueries. Mais grâce à un petit plan qu’ils mettent au point, ils n’ont bien vite pas leur pareil pour faire rire leurs amis. Un pet par-ci, un « répète » par-là… Il n’y a que dans le bureau du directeur que ce n’est pas la joie !

La véritable histoire

★★★★

Katia Canciani et Guillaume Perreault, Fonfon, Montréal, 2019, 32 pages