Baloney suicide, VioleTT Pi

Peu importe le haut-le-cœur que fait monter en lui la cruauté des rapports sociaux, c’est son espoir que l’amour triomphe de cette puante mascarade que chante (ou hurle) VioleTT Pi (connu au bar du coin sous le nom de Karl Gagnon). Il en va ainsi de Baloney suicide, son premier court livre de petits poèmes déglingués, un splendide et sordide fatras d’aphorismes pêchés au fond de bouteilles vides, de vers obscènes soutirés à des carnets sauvagement raturés, d’autoportraits d’une violence dépassant l’autodérision et de glorieux crachats au visage d’un milieu — celui du spectacle — toujours heureux de célébrer l’état des choses, aussi pourri soit-il. Les vrais indociles sont trop rares pour ne pas lever son verre à l’auteur-compositeur qui refuse de faire le beau, même s’il sait trop bien ce qu’il sacrifie de confort sur l’autel de ses nécessaires grimaces, même s’il sait trop bien que, de toute façon, « l’empire / de la musique / laissera une traînée / de chansons en plastique / dans l’eau potable ».

Baloney suicide

★★★

VioleTT Pi, La Mèche, Montréal, 2019, 80 pages