Le romancier Sylvain Prudhomme décroche le prix Femina 2019

Le roman de Sylvain Prudhomme, loin du vaudeville, est une splendide ode à la liberté.
Photo: Christophe Archambault Agence France-Presse Le roman de Sylvain Prudhomme, loin du vaudeville, est une splendide ode à la liberté.

Le cru 2019 des grands prix littéraires du monde francophone continue d’être dévoilé cette semaine avec la remise mardi du Femina au Français Sylvain Prudhomme pour Par les routes, roman aux accents mélancoliques sur l’art de l’abandon.

Le jury exclusivement féminin a également décerné le Femina étranger à l’Espagnol Manuel Vilas pour Ordesa et un prix spécial pour l’ensemble de son oeuvre à l’autrice irlandaise Edna O’Brien.

« C’est un livre où j’ai essayé de parler du désir de liberté qu’on a un peu tous », a déclaré Sylvain Prudhomme, 40 ans, à la remise de son prix à Paris, dans un salon du Cercle de l’union interallié, près de l’Élysée. « Mon livre, a-t-il reconnu, est aussi sur la liberté qu’on laisse à ceux qu’on aime. »

L’écrivain français, qui signe là son huitième roman, succède à Philippe Lançon, couronné l’an dernier pour Le lambeau, récit autobiographique sur une reconstruction, physique et psychique, après la tuerie dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris.

Frôlements de trajectoires

Par les routes met en scène un homme d’une quarantaine d’années jamais autrement nommé que « l’auto-stoppeur ». En couple avec une traductrice nommée Marie, père d’un petit garçon, l’auto-stoppeur ne peut s’empêcher de partir régulièrement, pouce levé, au hasard sur les routes de France.

L’histoire est racontée par Sacha, un ancien ami de l’auto-stoppeur. Écrivain, Sacha est venu s’installer dans une petite ville du Sud-Est sans savoir qu’il y retrouverait l’ancien compagnon de jeunesse avec qui, vingt ans auparavant, il avait sillonné la France en auto-stop.

C’est un livre où j’ai essayé de parler du désir de liberté qu’on a un peu tous. [...] Mon livre est aussi sur la liberté qu’on laisse à ceux qu’on aime.

L’un s’est assagi, l’autre, doux et aimant, a toujours pourtant ce besoin paradoxal de bouger, d’aller voir d’autres ailleurs, même si, le plus souvent, ce sont des aires d’autoroutes. « C’était comme s’il avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres », écrit joliment Sylvain Prudhomme en parlant de son auto-stoppeur.

Au fil des absences de plus en plus longues et fréquentes de l’auto-stoppeur, Sacha se rapproche de Marie et de leur fils Agustin.

Mais le livre du romancier, publié chez L’Arbalète / Gallimard, n’est pas un vaudeville. Ce qu’offre Sylvain Prudhomme, qui a figuré dans les sélections du prix Renaudot, de l’Interallié et du Grand prix du roman de l’Académie française, est une splendide ode à la liberté. Il existe une multitude d’existences possibles, rappelle l’écrivain.

Camille Laurens, présidente cette année du jury du Femina, a salué un livre « très contemporain qui dit quelque chose de très fort sur l’amour et l’amitié et en même temps sur cette jeunesse qui ne veut pas s’en aller ».

Semaine attendue

Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour Giono, furioso (Stock). Une mention spéciale en tant que « lanceur d’alerte » a distingué La fabrique du crétin digital : les dangers des écrans pour nos enfants (Seuil) de Michel Desmurget.

La saison 2019 des prix littéraires du monde francophone, semaine la plus attendue et la plus redoutée des éditeurs, s’est ouverte par le plus prestigieux d’entre eux, le Goncourt, décerné lundi au discret écrivain français Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier).

Le prix Renaudot a été quant à lui remis lundi à Sylvain Tesson pour La panthère des neiges (Gallimard).

L’Irlandaise Edna O’Brien, qui concourait dans la catégorie Femina étranger avec Girl, obtient un prix spécial « pour l’ensemble de son oeuvre ».

Et Michel Desmurget, l’un des finalistes pour le Femina de l’essai avec La fabrique du crétin digital, remporte une « mention spéciale en tant que lanceur d’alerte ».