«Plus jamais»: comme dans un jeu vidéo

James Patterson est une usine à succès, une sorte de machine à imprimer des billets tout autant que des livres. On retrouve ses livres partout, tout le temps.
Associated Press James Patterson est une usine à succès, une sorte de machine à imprimer des billets tout autant que des livres. On retrouve ses livres partout, tout le temps.

James Patterson est une sorte de recordman à la Harlan Coben ; au cours des deux dernières décennies, ses livres se sont vendus à plus de 350 millions d’exemplaires dans on ne sait même plus combien de langues. Maître du thriller et du suspense, il publie à un rythme de deux ou même trois livres par année, ce qui explique qu’on les trouve partout et que Patterson doive s’associer souvent à certains auteurs — comme ici Candice Fox — pour que la chaîne de production ne s’arrête jamais. James Patterson est une usine à succès, une sorte de machine à imprimer des billets tout autant que des livres. C’est dit.

Ici, le lecteur se retrouve plongé au cœur de l’outback australien désertique du Never Never — d’où le titre original en anglais. Plus précisément, autour de la mine d’uranium de Bendya où l’on vient de retrouver le pied d’un mineur porté disparu. Deux policiers, Harriet Blue, qui vient de Sydney, et Edward Whittaker, de Perth, sont dépêchés en plein désert pour enquêter. Tous les deux vivent des moments sombres, tant dans leur carrière que dans leur vie personnelle, et cette affaire se présente pour eux sous la forme d’une sorte de dernière chance. Ils seront gâtés…

Quelques dérogations

Rapidement, malgré les réticences de l’administration du camp qui souhaite ne pas attirer l’attention, ils découvriront que deux autres employés de la mine ont aussi disparu et qu’il se passe là, au milieu de rien, des choses pas très claires. On apprendra ainsi que « l’écologie » d’une mine située en plein désert et fonctionnant 24 heures sur 24 implique quelques dérogations… Mais le lecteur, lui, sera le seul à savoir qu’un dangereux tireur observe Blue et Whittaker de très près sans qu’ils s’en rendent compte.

D’ailleurs, après avoir fait disparaître une autre victime avec son fusil de gros calibre, il s’attaquera à Blue, qui s’en sortira de justesse et demandera des renforts. Cela semble déclencher les hostilités puisque le sniper éliminera deux policières, se mettra à tirer en plein jour, comme dans un jeu vidéo, et abattra un conducteur de grue avant d’enlever la bouillante Harriet. On ne vous dira pas qui sortira vivant de la chasse en plein désert.

Évidemment, cette histoire est racontée à un rythme plutôt hallucinant — phrases saccadées, chapitres très courts — ce qui en fait un irrésistible « page turner », comme on dit dans les salons. Les personnages, du moins les principaux, sont crédibles et pas trop caricaturaux, alors que l’intrigue se tient fort bien. N’empêche que l’on a tout au long l’impression de rouler à 200 à l’heure à la surface des choses et des êtres que l’on rencontre ici. Comme si tout était trop mince et allait trop vite. Ce n’est pas, par exemple, parce que l’on fait intervenir des militants écologistes qu’on s’intéresse vraiment au sort du monde…

 

Extrait de «Plus jamais» 

Nous nous sommes figés sans comprendre ce qui nous arrivait. Les coups de feu suivants ont soulevé des geysers de poussière autour de nous.

— Couche-toi !, m’a crié Whitt en se mettant à l’abri derrière un bloc rocheux.

Je me suis ruée à sa suite, poursuivie par une pluie de projectiles alors que le vacarme assourdissant des détonations remplissait la vallée.

— Putain ! Où se planque ce salaud ? Tu as pu voir d’où il tirait ?

Whitt a passé un oeil à travers un creux de roche. À cause de l’écho, il était impossible de localiser notre agresseur. Je me suis serrée contre la pierre chaude. Je m’étais écorché les genoux et les mains en crapahutant jusqu’à mon abri. À en juger par le peu qui restait de la bouteille en plastique de Whitt, le tireur était armé d’un fusil à gros calibre équipé d’une excellente lunette. Les tirs se sont tus, mais mes oreilles continuaient de bourdonner douloureusement. L’ennemi avait réussi à nous coincer en plein cagnard. Je me suis agrippée au rocher d’une main tremblante.

Plus jamais

★★ 1/2

James Patterson et Candice Fox, traduit de l’anglais par Sebastian Danchin, L’Archipel « Suspense », Paris, 2019, 308 pages

 



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