«Voyage aux confins de l’esprit»: défricher de nouveaux modes de conscience

Au fil des pages, l’auteur développe d’abord un intérêt intellectuel pour ces substances, puis commence à s’ouvrir à la possibilité de les tester lui-même.
Getty Images/iStock Au fil des pages, l’auteur développe d’abord un intérêt intellectuel pour ces substances, puis commence à s’ouvrir à la possibilité de les tester lui-même.

Chaque semaine ou presque, de nouvelles études sur les drogues psychédéliques paraissent dans les pages des revues savantes. Après un hiatus d’un demi-siècle, les chercheurs se penchent à nouveau sur le potentiel des thérapies où le LSD ou la psilocybine (l’ingrédient magique de certains champignons) sont mis à profit pour dénouer l’esprit de personnes souffrant de problème de santé mentale. C’est, dit-on, la « renaissance psychédélique ».

Le contexte ne pouvait donc pas mieux se prêter à la parution en français de Voyage aux confins de l’esprit. Ce que le LSD et la psilocybine nous apprennent sur la conscience, la mort, les dépendances, la dépression et la transcendance, de l’auteur, journaliste et professeur américain Michael Pollan. L’an dernier, la version originale anglaise de l’ouvrage avait d’ailleurs remporté un succès hallucinant (sans jeu de mots) en librairie.

 

Et pour cause : dans cet essai, l’auteur navigue habilement entre le monde secret des drogues psychédéliques et celui, plus socialement accepté, de la recherche scientifique sur ces molécules. Il nous fait comprendre que les deux univers se nourrissent l’un l’autre, que le soulagement que peuvent procurer ces substances aux personnes souffrant de dépression, de dépendance ou d’anxiété n’est pas étranger au réveil spirituel que certains consommateurs récréatifs lui attribuent.

« La recherche psychédélique repose sur l’idée que ces molécules peuvent nous donner accès à d’autres modes de conscience susceptibles de nous apporter des bienfaits spécifiques, qu’ils soient thérapeutiques, spirituels ou créatifs », écrit Pollan.

Au fil des pages, l’auteur développe d’abord un intérêt intellectuel pour ces substances, puis commence à s’ouvrir à la possibilité de les tester lui-même. « La plupart des risques auxquels ils sont associés sont soit exagérés, soit imaginaires », note-t-il. Cependant, avant de se lancer, l’essayiste fait d’abord ses recherches. Il consacre notamment un chapitre à l’histoire naturelle des champignons magiques. Mais Pollan ne se contente pas d’un exposé didactique : il va déambuler dans la forêt avec un mycologue, à la recherche de la bête végétale.

C’est là l’une des grandes forces de l’essai : Pollan ne pose jamais sa plume de journaliste terrain. Il va à la rencontre des protagonistes de l’histoire, qu’ils soient de réputés scientifiques ou d’obscurs chamans. Quand il s’agit d’épisodes du passé, l’essayiste raconte leur histoire de manière incarnée et vivante. Il n’hésite pas non plus à s’ouvrir lui-même, en dévoilant pleinement sa pensée, ses craintes et ses excitations à l’endroit des molécules en question.

Le paroxysme de cette confidence psychédélique survient certainement lorsque Pollan relate sa première expérience avec du LSD, à l’aube de la soixantaine. Il se rend dans une yourte perdue dans les montagnes de l’Ouest américain auprès de Fritz, un ermite russe qui accompagne les « psychonautes » dans leurs envolées illicites. Impossible de coucher sur papier une telle expérience, écrit l’auteur. Et pourtant, il tente le coup — à notre plus grand bénéfice.

 

Voyage aux confins de l’esprit

★★★★

Michael Pollan, Édito, Montréal, 2019, 536 pages