Astérix au pays des adolescents

Planches de l’album «Astérix: La fille de Vercingétorix»
Photo: Les Éditions Albert-René Planches de l’album «Astérix: La fille de Vercingétorix»

Toutes les fois où j’en ai voulu à Hergé d’avoir interdit la publication de nouvelles aventures de Tintin après son décès en 1983, il m’a suffi d’ouvrir un album d’Astérix écrit après la disparition de Goscinny pour me faire changer d’idée à ce sujet. C’est donc toujours avec une certaine réserve que je me plonge dans de nouvelles aventures de notre Gaulois favori et ce 38e album, qui paraît presque 60 ans jours pour jour après la première apparition d’Astérix dans le journal Pilote, n’y échappe pas. Alors, décevante ou emballante, cette Fille de Vercingétorix ?

Trêve de suspense, il s’agit de l’album le plus intéressant du duo formé par Jean-Yves Ferri (scénario) et Didier Conrad (dessin), qui réussissent, avec cette quatrième collaboration astérixienne, à s’approprier enfin cet univers et à le mettre totalement à leur main. Ils y parviennent en élaborant une intrigue simple, mais efficace par son thème universel de l’adolescence et du passage à l’âge adulte qui, bizarrement, n’avait jamais vraiment été exploré, si ce n’est pour le personnage de Goudurix, dans Astérix et les Normands.

Ici, il est question d’Adrénaline, la fille du mythique (et vaincu) guerrier gaulois Vercingétorix, qui doit transiter par ce fameux village qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, pour éviter d’être capturée par César et d’être, ainsi, romanisée. Bien évidemment, il incombe à notre duo de choc de veiller sur cette ado au caractère pas facile (on le devine), mais qui, en fin de compte, ne fait qu’appliquer un principe que lui a appris son père : vivre en toute liberté.

Ce que je reprochais aux précédents albums, c’était ce manque de travail en ce qui concerne les personnages secondaires qui doivent servir d’éléments dynamiques dans l’histoire. C’est souvent par eux que le fameux deuxième degré se dévoile, soit avec un gag anachronique, soit par un commentaire un peu trop lucide. Et c’est ce qui fait, en partie, la force de cet album : Jean-Yves Ferri a pris le temps de donner du corps aux personnages, se permettant même de fouiller dans le passé d’Agecanonix et de créer des fils, adolescents, à Cétautomatix et à Ordralfabétix qui trouvent enfin une autre raison de s’engueuler qu’à propos de poissons pas frais.

Cela dit, le plus important est que Ferri cesse enfin, ici, de chercher à trop s’inspirer du présent et à le plaquer dans l’espace-temps d’Astérix, ce qui permet à cet album de toucher des thèmes plus universels, comme l’incompréhension entre les générations, sans s’interdire de faire référence à l’air du temps. Parce que trop jouer avec les références anachroniques a pour conséquence d’en amoindrir les effets et de briser la surprise, nuisant du même coup à la mécanique du rire.

Même chose à propos du dessin. Bien évidemment, Didier Conrad n’oserait jamais dénaturer la ligne originale d’Uderzo, mais on le sent ici plus à l’aise dans son découpage, qui s’avère beaucoup plus dynamique et assumé que dans ses essais précédents.

Voilà donc un album solide qui, sans atteindre le niveau des albums originaux (rien ne le pourra, soyons sérieux), nous offre quand même ce qui a de bien dans le genre. Et c’est déjà beaucoup.

Astérix : La fille de Vercingétorix

★★★★

Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, les éditions Albert-René, 48 pages