Crime et châtiment

Trois ans après Érik Satie. Cinq nouvelles en forme de poire, le jeune bédéiste français Bastien Loukia, né à Honfleur en 1992, signe une adaptation ambitieuse et fidèle du chef-d’œuvre de Dostoïevski à partir de la traduction de Victor Derély (Plon, 1884). Forte d’une riche palette où dominent de vibrantes teintes d’ocre, de cadrages serrés sur les visages déformés — on pense parfois aux œuvres de Soutine — et de plans subjectifs, la bande dessinée traduit à merveille la sensation d’oppression, le sentiment de paranoïa et les remords qui assaillent le pauvre étudiant Raskolnikov après qu’il eut assassiné à la hache une cruelle usurière et sa sœur innocente. Tandis qu’il ponctue le récit, judicieusement condensé, d’éloquents plans d’ensemble illustrant la misère régnant dans la Russie impériale, Loukia ose un audacieux hommage aux œuvres de Malevitch dans la scène du cauchemar de Raskolnikov. Une bédé remarquable qui donne envie de se (re)plonger dans l’œuvre du grand romancier russe.

 

Crime et châtiment

★★★★

Fiodor Dostoïevski et Bastien Loukia, Philippe Rey, Paris, 2019, 160 pages