«Biomimétisme»: corps à corps avec la nature

Illustration d'Emmanuelle Walker tirée du livre «Biomimétisme»
Photo: La Pastèque Illustration d'Emmanuelle Walker tirée du livre «Biomimétisme»

L’être humain observe la nature depuis longtemps. Artistes et scientifiques reproduisent à leur façon des mécanismes, des formes, des couleurs, des angles inspirés d’elle. Ainsi en est-il, par exemple, d’Antonio Gaudí, qui reproduit les écailles et l’ondulation des reptiles dans son magnifique parc Güell ou de l’Eastgate Building, au Zimbabwe, conçu selon le modèle des termitières, ou encore du velcro, inventé grâce à la bardane.

Avec Biomimétisme. La nature comme modèle, La Pastèque poursuit avec intelligence et raffinement sa collection d’albums documentaires. Signé par Séraphine Menu, le texte allie avec grâce le sérieux du propos scientifique et le dynamisme de la vulgarisation dans un style simple, concis et enlevant. Dans ce livre divisé en six parties, depuis la relation intime qui existe entre l’homme et la nature jusqu’aux aspirations, espoirs pour l’avenir, de nombreux exemples de biomimétismes en architecture, en médecine, en science et même en mode vestimentaire sont présentés au lecteur facilitant ainsi l’apprentissage, la découverte de cette tendance toute naturelle.

Si le thème — et donc l’album — s’inscrit dans une tendance forte qui incite plus que jamais les gens à respecter l’environnement, que l’auteure sur un ton parfois moralisateur souligne que de maltraiter ou discipliner l’environnement cause des déséquilibres, que l’avenir n’est envisageable que si nous avançons ensemble, l’approche permet surtout de voir que de tout temps l’homme et le vivant ont marché côte à côte et entretenu une relation particulière, voire fusionnelle.

S’inspirer de la nature n’est donc pas née de cette urgence planétaire qui exige de faire corps avec elle, de la respecter, mais s’inscrit dans un prolongement, une suite, fait partie de notre histoire humaine. L’album permet ainsi, et c’est ce qui fait la force de l’ouvrage, de prendre conscience, de découvrir ce phénomène.

Suissesse d’origine, Montréalaise d’adoption, Emmanuelle Walker assure quant à elle le visuel de l’ouvrage. Usant de lignes pures et franches, d’un trait réaliste jouant d’audaces et de liberté dans la mise en scène des décors, Walker assure un graphisme harmonieux et respectueux du sujet offert. Elle parvient, par exemple, à rendre avec minutie l’intérieur de ces earthships ou vaisseaux terrestres, ces maisons à moitié enfouies dans la terre, tout en offrant de manière plus abstraite la représentation des forêts, océans, plaines et rivières.

Elle joue par ailleurs habilement avec les points de vue, passant d’un plan d’ensemble plus descriptif à des plans rapprochés, combinant parfois les deux sur une même page ce qui non seulement dynamise l’ensemble, mais enrichit et libère notre rapport à l’image, invite le lecteur à aller au-delà des a priori.

La singularité de Walker, sa force de frappe et l’angle marginal emprunté par Menu décomplexent avec sagacité la rigidité du documentaire.

Extrait de «Biomimétisme»

Les êtres humains font aussi partie de cette grande machine, parfois source d’harmonie, parfois source de périls. Si on décide d’être en accord avec elle, la planète Terre nous permet de vivre en paix. Par contre, si on exploite ses ressources et qu’on la maltraite, les espaces propices à la vie s’amenuisent. Lorsque des écosystèmes fragiles, comme les forêts tropicales ou les Grands Lacs, sont mis en danger sur le long terme, l’équilibre de notre belle planète et le nôtre sont menacés. Heureusement, les hommes qui peuplent la Terre sont pleins de ressources et ont su s’adapter aux changements depuis la nuit des temps. Ils apprennent, ils évoluent, ils progressent, à mesure que le monde avance.

Biomimétisme. La nature comme modèle

★★★ 1/2

Séraphine Menu et Emmanuelle Walker, La Pastèque, Montréal, 2019, 76 pages