«Des élections à réinventer»: du bipartisme au multipartisme

La nouvelle formule corrigerait la grave distorsion entre le choix politique de l’électorat et le résultat des élections selon notre mode de scrutin actuel, le mode majoritaire uninominal à un tour.
Photo: iStock La nouvelle formule corrigerait la grave distorsion entre le choix politique de l’électorat et le résultat des élections selon notre mode de scrutin actuel, le mode majoritaire uninominal à un tour.

En 2018, ici, quatre partis politiques, le PQ, la CAQ, QS et le Parti vert du Québec, ont signé une entente pour qu’un projet de loi sur la réforme du mode de scrutin soit déposé au plus tard le 1er octobre prochain. En 2019, les députés du PLQ ont adhéré à l’entente qui favorise le scrutin proportionnel mixte compensatoire avec liste régionale. Françoise David, de QS, croit que, malgré sa complexité, il sauverait notre démocratie.

La nouvelle formule corrigerait en effet la grave distorsion entre le choix politique de l’électorat et le résultat des élections selon notre mode de scrutin actuel, le mode majoritaire uninominal à un tour, hérité du bipartisme (Parti conservateur et Parti libéral, deux formations toujours distinctes mais au nom parfois variable). Ce mode est « issu du colonialisme britannique », rappelle Mercédez Roberge dans Des élections à réinventer, guide très complet de l’amélioration technique de la démocratie.

 

Préfacé par Paul Cliche, militant hors pair du Mouvement pour une démocratie nouvelle que Mercédez Roberge a présidé de 2003 à 2010, l’ouvrage vise, résume l’essayiste, à « s’assurer que tous les votes comptent et que toutes les personnes comptent ». Dans le mode de scrutin actuel, les « votes perdus », c’est-à-dire « ceux qui n’ont pas désigné la personne gagnante pour la circonscription », atteignent, explique-t-elle, un niveau effarant.

Les votes perdus des cinq dernières élections québécoises ont varié de 52 % à 57 %. Dans dix régions, ils ont atteint 60 %, voire plus. Ce fâcheux phénomène incite Mercédez Roberge à formuler cette inévitable conclusion : « Le système actuel favorise la croissance des partis politiques établis et il empêche celle des tiers partis. » Soucieuse d’éviter toute tendance partisane, l’essayiste en reste aux considérations abstraites.

Cela ne l’empêche pas de nous suggérer une réflexion qui relève plus de l’histoire politique que du parti pris. Le PQ, fondé en 1968 par René Lévesque, ébranle le bipartisme traditionnel pour finir en 1976 par remplacer l’Union nationale, formation conservatrice, comme véritable concurrent du PLQ. En formant en 2018 le gouvernement québécois, la CAQ, fondée en 2011 par François Legault, devient, changeant à son tour le bipartisme, la véritable concurrente du PLQ.

À l’élection de 2018, un tiers parti, QS, fondé en 2006, obtient un résultat presque égal à celui du PQ, relégué au rang de tiers parti. Cette nouvelle dynamique de la vie politique n’appelle-t-elle pas les changements au mode de scrutin proposés dans l’entente des partis en 2018 et explicités par Mercédez Roberge qui les compare, grâce à son savoir encyclopédique, avec les mesures prises ailleurs ?

En rompant avec un bipartisme capable à long terme, par faiblesse, de compromettre l’évolution, le Québec ne se tournerait-il pas vers un meilleur avenir social et constitutionnel ?

Extrait de «Des élections à réinventer»

Y a-t-il quelque chose de plus invisible qu’un système électoral ? Même lorsqu’on vote, on ne le voit pas. Notre bulletin n’est même pas un figurant, c’est une plante verte. Dès le lendemain, et souvent jusqu’aux prochaines élections, ce sera l’amnésie presque totale sur ce qui n’est pourtant pas un détail : le nombre de votes obtenus par chaque parti.

Un pouvoir à partager

★★★ 1/2

Mercédez Roberge, Somme toute, Montréal, 2019, 408 pages