«Le courage d'Amal»: espoir et courage

Cette représentation d’une jeune fille pakistanaise prenant en main son avenir est on ne peut plus importante, voire primordiale, de nos jours dans une société occidentale qui fait de la femme musulmane son sujet de débat favori.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Cette représentation d’une jeune fille pakistanaise prenant en main son avenir est on ne peut plus importante, voire primordiale, de nos jours dans une société occidentale qui fait de la femme musulmane son sujet de débat favori.

Aisha Saeed, auteure américaine d’origine pakistanaise, s’inscrit dans une vague d’écrivains jeunesse aux États-Unis issus de communautés culturelles diverses et qui font de leur œuvre un hommage à leur héritage. Dans Le courage d’Amal, première traduction française de l’œuvre de Saeed, cette dernière explore la réalité des jeunes filles de son pays à travers le destin d’une protagoniste pleine d’espoir.

Amal, jeune fille vive et têtue, est l’aînée d’une famille de quatre (bientôt cinq) enfants. Dans son petit village rural du Pakistan, sa vie est simple : elle va à l’école avec sa sœur Seema ; à la maison, elle s’occupe de ses jeunes sœurs, Safa et Rabia, et donne un coup de main à sa mère et à leur femme de ménage, Parvin. Son quotidien ne dépasse pas les limites de son village, où se tient le marché, aux abords de la ville.

Or, l’imagination d’Amal dépasse de loin ces frontières. Sa soif d’apprendre est infinie, et elle rêve de devenir enseignante, inspirée par sa propre maîtresse, Mlle Saida. Déjà, à 12 ans, elle se questionne sur sa liberté, sur le fait qu’elle soit une fille — n’a-t-elle pas le même droit qu’un garçon, comme son ami Omar, de rêver à un avenir ? Pourquoi devrait-elle manquer les cours des semaines durant lorsque sa mère accouche, même si Parvin est là pour veiller au bon fonctionnement de la maisonnée ?

Puis, un jour, sa vie bascule. Une brouille au marché avec le propriétaire du village, Sahib Jawad, à qui elle a tenu tête sans savoir que ses parents lui étaient redevables, la contraint de quitter sa famille et de devenir servante chez Jawad au domaine de sa famille, la puissante lignée des Khan.

À son arrivée, Amal est mise au service de la mère de Jawad, Baji Nasreen. Dès lors, l’adolescente se rend compte des ressemblances entre la vie qu’elle vient de quitter et l’enfance de Baji Nasreen, malgré leurs nombreuses différences, allant jusqu’à remettre en question non seulement la liberté qu’elle ne possède plus, mais aussi celle prétendument acquise de sa maîtresse.

Dans ce récit touchant, inspiré de la jeune militante Malala Yousafzai, Aisha Saeed détaille le sort désolant de plusieurs filles et familles à travers le monde sans jamais tomber dans le cliché. Ici, aucune arrière-pensée impérialiste ni aucun complexe du sauveur blanc ne sont à l’œuvre ; Amal, héroïne à part entière de son aventure, mène ainsi son propre combat pour sa liberté.

Cette représentation d’une jeune fille pakistanaise prenant en main son avenir est on ne peut plus importante, voire primordiale, de nos jours dans une société occidentale qui fait de la femme musulmane son sujet de débat favori. Pas étonnant, justement, que Saeed soit cofondatrice de We Need Diverse Books, OBNL américain promouvant la diversité et la représentation des communautés culturelles et des femmes dans la littérature jeunesse.

Bien que destiné à un jeune public, Le courage d’Amal s’avère ainsi une lecture engagée et réfléchie, amenant à se questionner sur la liberté, la corruption, le féminisme (ici bien différent de celui exprimé et revendiqué en Occident), ainsi que sur l’importance de l’éducation. De fait, c’est notamment à travers les mots de Mizra Ghalib, de Hafiz et d’Allama Iqbal qu’Amal puise son courage, guidée par sa passion pour le savoir. Cette réflexion importante, arrimée à une histoire bouleversante et forte d’une héroïne attendrissante, fait de ce roman jeunesse une œuvre surprenante.

Le courage d’Amal

★★★ 1/2

Aisha Saeed, traduit de l’anglais (États-Unis) par Louise Sasseville, Éditions Petit Homme, Montréal, 2019, 224 pages