«La balançoire de jasmin»: les mille et une nuits d’un réfugié

Image: Mémoire d'encrier

Dans la rumeur paisible de Vancouver, un couple de vieillards panse les blessures de son passé et de son amour, marqués par la mémoire d’une Syrie déchirée par la guerre et d’une enfance meurtrie par les stigmates de la différence et de l’exclusion. Alors que l’un compte les heures qui le séparent de la mort, l’autre, Hakawati, telle une Schéhérazade moderne, raconte fables et souvenirs pour empêcher la mort, figure encombrante du récit, d’accomplir trop rapidement son dessein.

La balançoire de jasmin, premier roman de l’écrivain canadien d’origine syrienne et grand défenseur des droits des réfugiés LGBTQ Ahmad Danny Ramadan, est une épopée empreinte de détresse et de tendresse qui traverse les montagnes syriennes, les vallées du Liban, la chaleur de l’Égypte et, enfin, la promesse d’un foyer au Canada.

Bien que les multiples lieux et personnages qui habitent les histoires d’Hawakati s’entremêlent bien souvent dans un tourbillon indistinct, ce sont les émotions intenses et universelles qui se dégagent de chacune d’elles qui renversent.

Certaines scènes sont d’une lucidité si poignante qu’elles forcent l’arrêt et l’absorption de la souffrance et de l’impuissance d’un jeune homosexuel rejeté par sa famille, humilié par ses amis, sans repère dans une patrie en proie aux flammes où la nonchalance de la jeunesse sonne cruellement faux.

Un chef-d’œuvre littéraire ? Non, sans aucun doute. Mais un puissant rappel de ce qui, au-delà de nos différences et des craintes et jugements qu’elles inspirent, nous unit et fait fi de l’échelle avec laquelle nous nous acharnons à définir l’humanité : notre propre finalité et les regrets qu’elle impose, l’amour et ses inéluctables contradictions et la nécessité de les raconter pour mieux les embrasser.

La balançoire de jasmin

★★★

Ahmad Danny Ramadan, traduit de l’anglais par Caroline Lavoie, Mémoire d’encrier, Montréal, 2019, 256 pages