Margaret Atwood révèle la suite de «La servante écarlate», «Les testaments»

Margaret Atwood a présenté mardi à Londres la suite très attendue de <em>La servante écarlate</em>.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Margaret Atwood a présenté mardi à Londres la suite très attendue de La servante écarlate.

L’écrivaine canadienne Margaret Atwood a présenté mardi à Londres The Testaments (Les testaments), suite très attendue de La servante écarlate, une dystopie misogyne terrifiante qui s’est érigée en véritable manifeste féministe à l’ère du mouvement #MeToo.

« C’est le genre de choses qui s’échappent du livre pour entrer dans le monde réel. L’auteur a zéro contrôle dessus », a malicieusement commenté la romancière de 79 ans lors d’une conférence de presse, sans cacher ses opinions féministes.

Pour nombre de ses admiratrices, comme Melisa Kumas, Néerlandaise de 27 ans, son oeuvre est « un avertissement » sur les violences faites aux femmes.

Margaret Atwood « me pousse à devenir plus consciente de la politique qui m’entoure, à faire plus attention à l’actualité [...] pour m’assurer que le pire n’arrive pas », a confié la jeune femme à l’AFP lors du lancement du livre dans une librairie londonienne, toute de rouge vêtue pour rappeler l’uniforme des « Servantes écarlates ».

Margaret Atwood aura mis près de 35 ans à imaginer cette suite, inspirée par les questions que lui posaient ses lecteurs. Des événements ont aussi alimenté sa réflexion.

« J’y pensais dans les années 1990, puis le 11 septembre [2001] a changé » la société, dit-elle. « Vous ne vous souvenez peut-être pas, mais il était une fois [un monde] où il n’y avait pas de sécurité dans les aéroports... On est devenus plus craintifs », a relevé l’écrivaine, également influencée par la crise financière de 2008 ou la victoire du président américain Donald Trump en 2016.

Ce second tome, mis en vente mardi, s’annonce déjà comme un livre à succès : il a été sélectionné pour le prix Booker 2019, la plus prestigieuse récompense littéraire britannique, et son adaptation en série est déjà en cours.

Il devrait suivre la voie du premier tome, dont la série télé à succès diffusée en 2017 a relancé les ventes, avec huit millions de copies dans le monde pour l’édition anglaise. La traduction française des Testaments paraîtra le 10 octobre chez Robert Laffont.

Les filles de June

Imaginez les États-Unis devenus « République de Gilead », un État totalitaire théocratique où les dirigeants, lors de cérémonies religieuses — et avec l’aide de leurs épouses —, violent les femmes qui peuvent procréer (les « Servantes ») pour ensuite garder leurs nouveau-nés.

Dans ce sombre tableau, une femme tente de rester en vie : June. Dans le premier tome, c’est elle qui fait découvrir, à travers un monologue angoissant, cette dictature misogyne, où on lui impose le rôle de Servante et où on lui retire celui de mère.

Car June a deux filles, mais aucun droit sur ces dernières. La première est placée dans une famille, tandis que la seconde sera finalement sauvée et envoyée au Canada.

Les testaments raconte leur histoire, 15 ans plus tard : à Gilead, chez Agnes, « précieuse fleur » éduquée dans la culpabilisation, entre cours de broderie et mariages forcés ; au Canada, chez Daisy, ado qui va vite regretter d’avoir trouvé sa vie trop ordinaire.

Dans les entrailles de Gilead

Mais c’est surtout la voix d’une troisième narratrice qui tient en haleine le lecteur : Tante Lydia, chef machiavélique des « Tantes », ce groupe de femmes chargées d’asservir leurs concitoyennes fertiles, torture à l’appui.

Au fil des chapitres, le lecteur découvre son passé de femme libre et les étapes de sa transformation en monstre, construit par instinct de survie face à des hommes tyrans, mais aussi par aspiration au pouvoir... Jusqu’à devenir assez puissante pour faire trembler, à son tour, ceux qui la dominent.

Dans ce récit à trois voix, Margaret Atwood révèle les entrailles et les failles de Gilead, offrant de l’espoir au lecteur. « Il y a de quoi être optimiste, car ces régimes ont tendance à ne pas durer », a justifié l’auteure aux cheveux argent et à l’oeil rieur.

Un manifeste féministe des temps modernes

La servante écarlate, déjà un gros succès à sa sortie en 1985, s’est érigé en véritable manifeste féministe des temps modernes après son adaptation en série en 2017 qui lui a permis de toucher un nouveau public.

États-Unis, Argentine, Irlande, Pologne, Hongrie... Les « Servantes écarlates », vêtues de capes rouges et bonnets blancs, sont devenues un symbole dans les combats féministes, comme lors des manifestations pour défendre le droit à l’avortement.

« La vague a commencé au Texas, comme une tactique de protestation », rappelle Margaret Atwood.

Ainsi vêtue, « vous ne dérangez pas, vous êtes assise là modestement, et vous ne pouvez pas être chassée, car vous êtes couverte, vous n’avez pas les épaules nues », a-t-elle expliqué. Avant d’ajouter au sujet de l’avortement : « Seules les femmes devraient pouvoir voter sur ces questions. »