Essais étrangers: des idées pour arroser la Terre qui brûle

Tant d’essais trouveraient leur couronnement dans «La source de l’amour-propre» (Christian Bourgois, 6 novembre), où l’Afro-américaine Toni Morrison rend notamment hommage à James Baldwin, qui éleva la littérature noire des États-Unis au plus haut niveau.
Photo: Patrick Kovarik Agence France-Presse Tant d’essais trouveraient leur couronnement dans «La source de l’amour-propre» (Christian Bourgois, 6 novembre), où l’Afro-américaine Toni Morrison rend notamment hommage à James Baldwin, qui éleva la littérature noire des États-Unis au plus haut niveau.

On parle beaucoup de la montée du populisme tant en Amérique qu’en Europe. Mais le sociologue Federico Tarragoni fait des distinctions dans L’esprit démocratique du populisme (La Découverte, 5 octobre). Selon lui, la dérive autoritaire de Berlusconi en Italie, d’Erdogan en Turquie, d’Orbán en Hongrie et de Marine Le Pen en France s’éloigne de la recherche d’égalité de Podemos en Espagne, de Syriza en Grèce, du Mouvement 5 étoiles en Italie et de la France insoumise.

À Paris, Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault discernent les raisons d’un phénomène sociopolitique international dans Les origines du populisme (Seuil/La République des idées, 29 septembre). Pour eux, il s’explique par le profond ressentiment vis-à-vis des partis et des institutions incapables de remédier aux excès du capitalisme et par la fin de la société de classes au profit de la subjectivité des individus.

 

Parallèlement à la distinction entre populisme de gauche et populisme de droite, celle entre une conception de gauche des droits de la personne et la dénonciation de ceux-ci par une droite les accusant de dissoudre les liens sociaux apparaît utile. Les droits de l’homme rendent-ils idiot ? (Seuil/La République des idées, 26 octobre), de Justine Lacroix et Jean-Yves Franchère, politologues à Bruxelles, montre que les droits de la personne, loin d’être néolibéraux, se concilient avec la solidarité.

Un écrit de 1967, inédit en français, du philosophe allemand Theodor W. Adorno (1903-1969), sur la remontée en Allemagne de l’Ouest d’une tendance apparentée au nazisme, Sur l’extrême droite radicale (Flammarion, novembre), apparaît d’actualité. Comme l’est L’Arabie des Saoud, de la journaliste irlandaise Malise Ruthven (La Fabrique, 12 novembre), sur le wahhabisme saoudien qui n’a rien à envier aux fanatismes occidentaux du passé.

En France, une suspicion plane sur l’intellectuel aimant être à contre-courant. « Réactionnaire, disent-ils. Le moment m’a donc semblé venu de faire le point », écrit Alain Finkielkraut dans À la première personne (Gallimard, 23 octobre). Une brève éternité, de Pascal Bruckner (Grasset, 30 octobre), consiste en une réflexion sur l’augmentation de l’espérance de vie « de 20 à 30 ans » depuis 1950.

Des impatients anti-Trump aimeront Fin du leadership américain ?, dirigé en France par Bertrand Badie et Dominique Vidal (La Découverte, 29 septembre), qui met en lumière la perte de polarité du monde à cause surtout de l’émergence de la Chine. Dans La maison brûle (Lux, 3 octobre), l’essayiste canadienne Naomi Klein plaide pour un « New Deal vert » mondial.

Contre les climatosceptiques rêvant d’un profit matériel illimité, Capital et idéologie, de l’économiste français Thomas Piketty (Seuil, 12 octobre), émet un jugement catégorique. Le voici : « C’est le combat pour l’égalité et l’éducation qui a permis le développement économique et le progrès humain, et non pas la sacralisation de la propriété, de la stabilité et de l’inégalité. »

Quant au sociologue allemand Stephan Lessenich, dans À côté de nous le déluge (Écosociété, 10 septembre), il estime que les changements climatiques et la crise des migrants affectent en premier lieu les pays pauvres du Sud. Selon lui, cela se réalise par l’externalisation, soit l’exploitation par les pays riches des ressources étrangères, le transfert par eux des coûts à l’extérieur mais l’appropriation des profits chez eux.

Cette modernisation du colonialisme est la tragédie la plus immédiate produite par la catastrophe écologique. La philosophe française Joëlle Zask, dans Quand la forêt brûle (Premier Parallèle, 22 septembre), voit la multiplication des « mégafeux » en Californie, en Grèce, au Portugal, au Brésil comme le symptôme apocalyptique d’un monde malade.

À l’opposé de ce monde déplorable, l’anthropologue américain David Graeber, grande figure d’Occupy Wall Street, valorise, dans Les pirates des Lumières ou la véritable histoire de Libertalia (Libertalia, 19 novembre), une utopie pirate tentée à Madagascar au XVIIIe siècle ! Moins rêveuse, mais tout aussi progressiste, sa compatriote, l’intellectuelle Laura Kipnis, dans Le sexe polémique (Liber, 11 septembre), analyse le mouvement #MoiAussi dans les universités.

Tant d’essais trouveraient leur couronnement dans La source de l’amour-propre (Christian Bourgois, 6 novembre), où l’Afro-américaine Toni Morrison rend notamment hommage à James Baldwin, qui éleva la littérature noire des États-Unis au plus haut niveau.