Fiction étrangère: le monde en traduction

«La fabrique des salauds», de Chris Kraus, auteur et réalisateur allemand, traduit pour la première fois en français, racontera l’histoire de deux frères nés en Lettonie qui entretiennent une relation destructrice, tous les deux épris de leur sœur adoptive d’origine juive.
Photo: Joël Saget Agence France-Presse «La fabrique des salauds», de Chris Kraus, auteur et réalisateur allemand, traduit pour la première fois en français, racontera l’histoire de deux frères nés en Lettonie qui entretiennent une relation destructrice, tous les deux épris de leur sœur adoptive d’origine juive.

Attendu de pied ferme, La fabrique des salauds (Belfond), gros roman de 900 pages de Chris Kraus, auteur et réalisateur allemand né en 1963 et traduit pour la première fois en français, racontera l’histoire de deux frères nés en Lettonie qui entretiennent une relation destructrice, tous les deux épris de leur soeur adoptive d’origine juive. Embrigadés dans la Wehrmacht, ils vont par la suite devenir espions pour le compte du KGB, puis pour le Mossad. On nous promet de la passion, du sang, des larmes. Et une saga littéraire riche en rebondissements qui nous fera traverser le XXe siècle, de Riga à Tel-Aviv, en passant par Auschwitz et Paris. (19 septembre).

On attend aussi avec intérêt Miss Islande, nouveau-né de l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir (Zulma). En 1963, Hekla, 21 ans, quitte la ferme familiale pour Reykjavik avec quatre manuscrits au fond de sa valise en vue de réaliser son rêve : devenir écrivaine. Mais dans la capitale, on lui conseille de tenter plutôt sa chance au concours de Miss Islande…

 

Un roman sur la liberté, la création et l’accomplissement. En six romans, Auður Ava Ólafsdóttir, qui s’était fait connaître en 2010 avec Rosa Candida, a su imposer son univers. Elle a reçu en 2018 l’Islensku bokmenntaverdlaunin et le Nordic Council Literature Prize. (fin septembre)

Le dernier grenadier du monde (Métailié), de l’écrivain kurde Bakhtiar Ali, traduit pour la première fois en français, racontera l’histoire d’un officier supérieur des peshmergas emprisonné pendant 21 ans après avoir sauvé un ami révolutionnaire kurde. Après sa libération, il part à la recherche de son fils, qu’il n’a pas connu, et voyage dans son pays désormais en guerre avant de partir vers l’Europe. Si cet écrivain né dans le Kurdistan irakien en 1966 vit aujourd’hui à Cologne, en Allemagne, sa réputation au Moyen-Orient n’est plus à faire. (octobre)

S’inspirant de l’histoire des 276 adolescentes enlevées par Boko Haram en 2014, la romancière irlandaise Edna O’Brien, née en 1930 et toujours bien portante, se glisse avec Girl (Sabine Wespieser) dans la peau d’une adolescente nigériane kidnappée par le groupe djihadiste. Un « monologue halluciné » qui semble prometteur. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle le rapt, la traversée de la jungle en camion, l’arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé — avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur. (11 septembre)

Il faudra ouvrir l’oeil aussi sur Berta Isla (Gallimard), roman du poids lourd de la littérature espagnole qu’est Javier Marías. Dans les années 1960 en Espagne, Berta Isla est une jeune Madrilène qui tombe amoureuse et devient l’épouse d’un espion, Tomás Nevinson. Comme d’habitude avec Marías, il faut s’attendre à une exploration tout en finesse et en subtilité du passage du temps, du mariage et de l’existence, alors qu’une femme qui vit de ses souvenirs est aux prises avec l’impossibilité de connaître vraiment celui qu’elle aime. (2 octobre)

Paolo Giordano, docteur en physique théorique qui s’est fait connaître il y a quelques années avec La solitude des nombres premiers, revient avec Dévorer le ciel (Seuil). Chaque été, Teresa passe ses vacances dans les Pouilles chez sa grand-mère. Une nuit, elle aperçoit de sa fenêtre Nicola, Bern et Tommasso, trois frères de la ferme voisine, se baigner nus dans la piscine de la villa. Une rencontre qui va faire basculer sa vie en l’unissant à ces trois « frères » pour les vingt années suivantes, entre amours et rivalités, aspirations et désillusions. (18 septembre)

Traduit de l’allemand par Catherine Lemieux (qui nous avait donné Une affection rare en 2018 chez Triptyque), Superhéroïnes (Triptyque), de Barbi Markovic, née à Belgrade en 1980, raconte l’histoire de trois « superhéroïnes » qui se rencontrent dans un petit café malfamé de Vienne et se demandent comment utiliser à bon escient leurs superpouvoirs pour améliorer la vie des gens pauvres et laissés-pour-compte. (14 août)

Fin de partie

Les hommes d’août (Verdier), du Russe Sergueï Lebedev, nous plongera au début des chaotiques années 1990 en Russie, où un héros en quête de ses racines sillonne les contrées dévastées de l’ex-URSS. Les guerres de Tchétchénie vont vite sonner le glas de l’illusion démocratique et de la communauté des « hommes d’août » née sur les ruines du communisme. Dans un mélange de roman d’aventure, de roman policier et de récit fantastique, Lebedev livre une fresque où, dit-on, le collectif se mêle habilement à l’intime. (mi-octobre)

Premier roman déjà traduit en une vingtaine de langues, Agathe (La Peuplade), de la Danoise Anne Cathrine Bomann (une psychologue qui vit à Copenhague, douze fois championne danoise de tennis de table), relate la rencontre entre un psychanalyste en fin de carrière et Agathe Zimmermann, une Allemande « à l’odeur de pomme », une ultime patiente dont il aurait préféré se passer. (27 août)

Pendant ce temps, à Londres…

Alors que l’interminable saga du Brexit semble prendre les allures d’un thriller, le Britannique Jonathan Coe jette un oeil dans le rétroviseur le temps de se livrer à une habile dissection de la décennie 2010 dans Le coeur de l’Angleterre (Gallimard). Des émeutes de Londres en 2011 au référendum sur le Brexit, on y retrouvera certains des protagonistes de Bienvenue au club et du Cercle fermé (Gallimard, 2002 et 2006, réunis en poche sous le titre Les enfants de Longbridge). Avec les membres de la famille Trotter, l’auteur de Testament à l’anglaise pratique une fois encore le portrait sociopolitique avec humour et mélancolie, alors qu’il « questionne avec malice les grandes sources de crispation contemporaines : le nationalisme, l’austérité, le politiquement correct et les identités ». Il le fait cette fois en forme de bilan, autant pour ses personnages que pour le Royaume-Uni. (4 septembre)