Fiction des Amériques: les premiers et derniers romans de grands artistes

Dans son premier roman, «Croc fendu» (Alto, 1er octobre), Tanya Tagaq fait se rencontrer et se chevaucher différentes quêtes alors qu’elle relate son enfance au Nunavut.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans son premier roman, «Croc fendu» (Alto, 1er octobre), Tanya Tagaq fait se rencontrer et se chevaucher différentes quêtes alors qu’elle relate son enfance au Nunavut.

La richesse des différentes cultures et expériences autochtones est manifeste en cette rentrée littéraire canadienne. Elle hypnotise et fait vibrer les foules du monde entier avec des chants de gorge inspirés de la tradition inuite.

Sur les réseaux sociaux, la créativité laisse place à un militantisme loquace contre la violence et les injustices dont sont victimes les communautés autochtones, et pour le maintien de leur mode de vie ancestral.

 

Dans son premier roman, Croc fendu (Alto, 1er octobre), Tanya Tagaq fait se rencontrer et se chevaucher différentes quêtes alors qu’elle relate son enfance au Nunavut, les ravages subis par son peuple et le pouvoir des esprits dans un parfait mélange d’anecdotes, de poésie et de mythologie enchanteresse.

L’artiste crée un univers où les frontières entre réalité et fiction, entre humanité et animalité, entre violence et plaisir se fissurent et s’effondrent dans un ballet transcendant.

Poète et romancier bispirituel de la Première Nation manitobaine de Peguis, Joshua Whitehead a reçu un encensement critique considérable avec son roman Jonny Appleseed (Mémoire d’encrier), dont la traduction française arrivera en librairie le 25 septembre. Il y esquisse le parcours d’un homme vivant hors de la réserve contraint de devenir travailleur du cybersexe pour gagner sa croûte et maintenir le rythme de vie imposé par le milieu urbain.

Décédé en 2017, l’écrivain ojibwé des Nations indépendantes de Wabaseemoong Richard Wagamese signe avec Starlight (Zoé, 24 septembre) un dernier roman portant sur l’apaisement et l’enchantement que suscitent les forêts canadiennes et leurs mystères.

L’existence solitaire de Starlight est bouleversée lorsqu’il recueille sous son toit deux fugitives prêtes à tout pour rompre avec leur existence passée. Pour leur redonner confiance et goût à la vie, il leur fait découvrir la nature et leur apprend à s’en faire une amie.

De la légende à la fiction

« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende. » C’est autour de cette prémice que s’articule le nouveau roman de l’écrivain américain Ian Weir, Mort et vie de Strother Purcell (Léméac, 16 septembre). Le héros éponyme, légendaire et redoutable homme de loi, disparaît en pleine tempête dans les montagnes de la Colombie-Britannique, en 1876.

Seize ans plus tard, il resurgit, borgne et sans-abri, dans une prison de San Francisco. Un journaliste décide d’écrire son histoire, un récit maudit, empreint de trahisons, de vengeance et d’amours perdues.

L’Argentin Alejandro G. Roemmers remet l’immortel héros de Saint-Exupéry au goût du jour avec Le retour du jeune prince (City, début septembre), un conte philosophique sur la quête du bonheur et du sens de la vie. Ce roman, qui a déjà séduit plus de trois millions de lecteurs à travers le monde, est en cours de publication dans une trentaine de langues.

Maintenant adolescent, le Petit Prince entreprend de découvrir les paysages désertiques et sauvages de la Patagonie. Cueilli par un automobiliste, il engage avec celui-ci un dialogue abordant avec simplicité les grandes questions de l’existence, de l’amitié à la foi en passant par l’ambition, le rêve et le secret d’une vie heureuse.

Ce voyage se transforme peu à peu en véritable quête spirituelle, nourrie par la capacité d’émerveillement et la découverte de soi. Comment devient-on insensible à l’horreur, au point de perpétrer de terribles crimes et de décimer des populations entières ? Ce sont les questions que pose l’écrivain franco-ontarien d’origine angolo-congolaise Aristote Kavungu dans son roman Mon père, Boudarel et moi (L’Interligne, 4 septembre). Inspiré de la guerre d’Indochine et de la terrible histoire du camp 113, le récit revient sur le règne du présumé tortionnaire Georges Boudarel à travers les réflexions d’un jeune étudiant hanté par le souvenir de son père emprisonné et torturé au Congo.

Autrices acclamées

Nouveau talent à surveiller, Paige Cooper a connu un succès fulgurant avec son premier recueil de nouvelles, Zolitude (Boréal, 24 septembre), un brillant métissage entre poésie et science-fiction.

L’autrice explore dans ces 14 nouvelles au style chirurgical la fragilité des relations humaines dans un monde à la fois dystopique et familier. On y rencontre des jungles tropicales bouleversées par les changements climatiques, des territoires engloutis par l’affaissement d’une plate tectonique et une colonie martienne bourgeonnante de vie.

L’Américaine d’origine chilienne Sigrid Nunez a pour sa part remporté le prestigieux National Book Award avec son septième roman, L’ami (Stock, 9 octobre), qui brosse le portrait d’une femme affligée par le décès de son meilleur ami et mentor. Celle-ci hérite du chien éploré du défunt, Apollon, un grand danois vieillissant de la taille d’un poney.

Leur rencontre sera riche en surprises et en apprentissages. Une réflexion unique et poétique sur l’éternel fardeau de l’humanité : l’amour et le deuil de ce dernier.

Le prodige marginal

Considéré comme l’enfant terrible du théâtre canadien, Jordan Tannahill n’est âgé que de 31 ans, mais cela ne l’a pas empêché de mettre la main sur le Prix littéraire du Gouverneur général à deux reprises. Il est le plus jeune dramaturge à accomplir un tel exploit. Son ambition et son talent ne s’arrêtent toutefois pas à la carrière florissante et polarisante qu’il mène sur les planches. Le 19 septembre, il nous présente son premier roman, Liminal(La Peuplade), une réflexion dense et éclatée sur la composition et les limites du corps. Inspiré par un instant révélateur de sa propre vie, Tannahill raconte un matin de janvier où il veille sur sa mère, hospitalisée pour un cancer. Alors qu’il entre dans la chambre, il contemple la forme inerte allongée sur le lit. Monica vit-elle encore ? Une seule seconde qui résume toute une vie, libère une bouffée de souvenirs et donne naissance à cette « prodigieuse odyssée personnelle peuplée d’artistes, de scientifiques et de marginaux magnifiques ».