Fiction québécoise: un marathon qui débute et ne s’arrête plus

«Shuni», c’est le titre du nouveau livre de Naomi Fontaine, attendu chez Mémoire d’encrier le 4 septembre.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Shuni», c’est le titre du nouveau livre de Naomi Fontaine, attendu chez Mémoire d’encrier le 4 septembre.

Il fut un temps, dont les têtes qui blanchissent se souviendront peut-être, où la rentrée littéraire ne débutait jamais vraiment avant la mi-septembre. C’était jusqu’à ce qu’un fin finaud d’éditeur s’avise d’un petit mou à s’arroger dans l’actualité culturelle de la fin d’août. Nous voici donc aujourd’hui aux prises avec une vie littéraire qui ne s’interrompt réellement qu’en juillet.

À peine le temps de secouer le sable de nos gougounes que L’enlèvement de Damien Blass, premier titre de la nouvelle collection Satellite que Triptyque consacre aux littératures de genre, paraissait le… 7 août ! Il s’agit, selon nos statistiques personnelles, d’un record.

 

Les raisons derrière cette hâte ? Shelbie Deblois, responsable des communications au Groupe Nota bene, évoque en entrevue le désir des maisons d’édition de déposer des nouveautés en librairie avant la journée J’achète un livre québécois du 12 août, ainsi que celui de mettre toutes les chances de rayonner derrière des oeuvres moins consensuelles.

L’espace pour la littérature dans les médias, en se ratatinant, appellerait par ailleurs des stratégies de mise en marché plus astucieuses.

Armons-nous donc pour un marathon qui ne s’arrêtera vraiment que l’été prochain, à l’aide de cette liste forcément incomplète de fictions québécoises attendues dans les prochains mois.

Prière de la parcourir en gardant en tête que le livre qui marquera votre automne ne s’y trouve peut-être pas, et que c’est là tout le bonheur d’une vie de lecteur et de lectrice que de parfois abandonner ses plans en cours de route.

Êtes-vous prêt ? On commence !

Il excusera, l’espère-t-on, notre insolente exagération : mettez bout à bout tous les brefs romans de Patrick Nicol et vous obtiendrez un volume d’une taille semblable à Les manifestations (Le Quartanier, 1er octobre), un très intrigant kaléidoscope narratif de près de 500 pages, naviguant entre la période spirite de Victor Hugo, le Paris des Surréalistes et le Sherbrooke des usines.

Michèle Plomer poursuit une rare oeuvre ayant pour principaux piliers la bienveillance et l’empathie, avec Habiller le coeur (Marchand de feuilles, 7 octobre). Après avoir mené une vie bien remplie, Monique, 70 ans, laisse tout derrière elle et accepte un job dans l’Arctique. Bravo et bon courage.

C’est moins par choix que par contrainte que Catherine, elle, doit réinventer sa vie, quand son père est emprisonné. Elle devient dans Les abysses (Leméac, 2 octobre) la première (anti-) héroïne imaginée par Biz, qui rompt en partie, mais pas complètement, avec son univers jusqu’ici très masculin.

« Le roman le plus noir de l’auteure », promet la maison d’édition d’Andrée A. Michaud, ce qui n’est pas peu dire. La frontière entre réalité, fiction et délire a toujours été poreuse chez la plus métaphysique de nos autrices de thrillers, et elle le serait encore davantage dans Tempêtes (Québec Amérique, 10 septembre).

« Que peut un homme facilement remplaçable dans un monde où les femmes dominent toutes les sphères de la société ? » Pas grand-chose, devine-t-on. Réponse officielle dans Le deuxième mari (Alto, 17 septembre) de Larry Tremblay, une fable retournant sur eux-mêmes les rapports de pouvoir traditionnels entre hommes et femmes.

En matière de noms de personnages, on ne fera pas plus suave cet automne que Ti-Best, sobriquet du protagoniste de Les limbes (Les Herbes rouges, 4 septembre), sixième roman de Jean-Simon DesRochers.

« Au XXIe siècle, entre deux révoltes féministes, une écrivaine se retire dans un chalet après avoir été victime de menaces sur les réseaux sociaux. » On ne souhaite que des likes, et aucun troll, à l’auteure de L’apparition du chevreuil (Alto, 22 octobre), Élise Turcotte.

Fais ta guerre, fais ta joie. C’est le credo dont Robert Lalonde coiffe le récit de son éveil artistique, le portrait d’une relation d’admiration entre un fils et son père, peintre du dimanche, doublé d’un dialogue entre littérature et arts visuels. Le 4 septembre au Boréal.

Comment ne pas déjà saliver à l’idée de lire le prolifique David Goudreault tourner en ridicule la pensée fumeuse de la psycho-pop, et rappeler que, contrairement à ce qu’elle prétend, la rédemption ne bénit pas tout le temps tout le monde. On aimerait bien, néanmoins, consulter le recueil de conseils antiprocrastination de celui qui signe son quatrième roman depuis 2015, Ta mort à moi (Stanké, 16 septembre).

Des amitiés fécondes

Quelques semaines avant que prenne l’affiche (début octobre) l’adaptation cinématographique de son premier roman, Kuessipan, Naomi Fontaine écrit une longue lettre d’amitié à une jeune Québécoise, Shuni, venue séjourner dans la communauté innue d’Uashat. Shuni, c’est aussi le titre de son nouveau livre, attendu chez Mémoire d’encrier le 4 septembre.

Autre histoire d’amitié que celle de Leslie et Coco (Hurtubise, 9 octobre), nouveau roman pour adultes de Marie Demers. La première étudie à Montréal et est constamment taraudée par la crainte de n’être jamais assez. L’autre habite Gaspé et rêve de se pousser de là. On les aime déjà.

La communicatrice Léa Clermont-Dion contemple en trois époques différentes une amitié qui devait durer toute la vie dans Crève avec moi (Québec Amérique, 29 octobre), une première incursion dans le monde de la littérature.

À l’instar de ses personnages Raphaëlle et Anouk, Gabrielle Filteau-Chiba a choisi de fuir la ville pour s’ensauvager (façon de parler) dans Kamouraska. Sauvagines (XYZ, 9 octobre) serait traversé par les mêmes réflexions sur la solitude, l’enracinement et la nature que son premier roman, Encabanée.

« Après l’incendie de son appartement, Emmanuel Sylvestre, mal en point, trouve refuge chez son ami Thomas, qu’il n’a pas vu depuis dix ans. » Il y a longtemps aussi que nous avions hâte de retrouver Jean-Philippe Martel, dont le premier livre, Comme des sentinelles, date d’il y a sept ans. Voeu exaucé avec Les sublimés (Le Cheval d’août, 25 octobre).

Des premières et de l’horoscope

« Dès que Léa lui posait la question, sa Téta, d’ordinaire si volubile, changeait de sujet », lit-on au sujet de Manam (Boréal, 1er octobre), le premier roman de la journaliste Rima Elkouri. Quelle question ? Celle, évidemment douloureuse, du génocide arménien.

Premier roman de Marie-Pier Lafontaine, Chienne (Héliotrope) compte parmi ces petits livres que l’on peine à finir tant ce qu’ils décrivent — dans ce cas-ci, la violence indicible d’un père — fait mal. À lire absolument, malgré tout, dès le 11 septembre.

« Un peu de magie pour nous rappeler que nos vies sont meublées d’impondérable, un peu de sorcellerie pour tenter d’agir sur les forces qui nous échappent », promettent Sébastien Dulude et Ariane Lessard, directeurs du collectif Zodiaque (La Mèche, 16 septembre), en témoignant du rôle que tient l’horoscope dans la vie de certains, bien qu’il pourrait tout aussi bien être question, ici, du rôle que tient la littérature dans la nôtre, et dans la vôtre.

La lutte, c’est la vie

Dans Des nouvelles nouvelles de Ta Mère (2016), Mathieu Poulin offrait aux amateurs de lutte le texte définitif leur permettant de défendre, auprès de leurs proches moqueurs, la noblesse de ce qui suscite leur passion. Il poursuit ce nécessaire travail de réhabilitation d’une forme d’art — vous avez bien lu — trop souvent méprisée dans La lutte (Éditions de Ta Mère, 29 octobre), le roman de deux combats : celui qui se déroule entre les câbles et celui, syndical, des gars et des filles de la FLASH, la Fédération de lutte actuelle de Saint-Henri.