«Quand je serai mort»: le détail qui tue

C’est le dessin magnifique de Réal Godbout qui occupe tout l’avant-plan de «Quand je serai mort».
Photo: Réal Godbout C’est le dessin magnifique de Réal Godbout qui occupe tout l’avant-plan de «Quand je serai mort».

Léon Obmanchik, homme d’âge très mûr, d’origine russe, vient d’être libéré de prison après une peine de 10 années purgée pour un meurtre qu’il n’a pas commis, mais dont il s’est confessé.

Voilà la prémisse de Quand je serai mort, bédé qui marque le retour du dessinateur Réal Godbout après une absence de six ans et sa première collaboration avec l’auteur de romans noirs, pour adultes et pour jeunes, Laurent Chabin.

Nous voilà donc embarqués dans une histoire de meurtres, de prostitution, de bars de danseuses et de manipulation amoureuse qui, dès les premières pages, nous met en pleine face les dessous de ce qui a toutes les apparences d’un banal fait divers.

C’est, d’ailleurs, une ancienne journaliste devenue travailleuse de rue, Anita, fumeuse de cigares, qui tente de percer le mystère entourant la condamnation de Léon, qu’elle a rencontré en prison alors qu’elle y animait un atelier d’écriture.

Évidemment, c’est le dessin magnifique de Réal Godbout qui occupe tout l’avant-plan de Quand je serai mort. On s’ennuyait de cette façon qu’il a de trouver le petit détail qui tue, celui qui sait nous situer exactement dans l’espace-temps avec précision, sans trop en montrer.

Seconde trame manquante

Que cela soit par un modèle de voiture, un coin de rue, un édifice ou, encore, un graffiti, Godbout rappelle un Montréal loin du Rosemont si souvent dessiné, dont l’univers n’est pas loin de celui du film 20 h 17 rue Darling de Bernard Émond ou d’une chanson de Plume Latraverse.

Et, bien entendu, il y a cette façon de dessiner ces personnages et de les rendre vivants avec leurs épaules voûtées et leurs seins trop lourds.

Cela rend d’autant plus triste le fait que le scénario de Laurent Chabin, s’il a tout pour être intéressant, manque peut-être un peu de profondeur.

Si la trame narrative principale tient la route et maintient notre intérêt, il lui manque une seconde trame qui nous aurait permis de plonger plus creux dans cet univers qui mérite d’être étoffé.

Oui, on comprend qu’il y avait peut-être une volonté de maintenir une forme de concision et de ne pas se retrouver avec un ouvrage de plus d’une centaine de pages, mais, honnêtement, il y avait matière à le faire.

On aurait aimé en savoir plus sur certains protagonistes ou sur le déroulement passé des événements qui ont mené à cette condamnation, ce qui aurait contribué à sortir cette intrigue de la banalité du fait divers pour lui donner un élan à la Fargo, des frères Coen. Surtout que les dialogues sonnent juste et que Chabin a un style qui sied très bien à la bédé : il n’en dit pas trop et laisse le dessin parler.

Bref, on est ici à quelques ajustements scénaristiques d’une belle réussite qui vaut tout de même la peine qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour le dessin et les ambiances de Godbout, qui nous plongent dans un Montréal pas très propre, ou pour savoir ce qui est vraiment arrivé à ce pauvre Obmanchik, mort d’avoir cru à l’amour.

Quand je serai mort

★★★ 1/2

Réal Godbout et Laurent Chabin, La Pastèque, Montréal, 2019, 78 pages.