«Botaniste»: Inventeurs de plantes

Le botaniste Marc Jeanson
Photo: Grasset Le botaniste Marc Jeanson

Comment devient-on botaniste ? Qu’est-ce qui pousse à vouloir découvrir, recenser et classer les espèces du règne végétal ? Ou plutôt comment devient-on, à l’âge de trente ans, responsable de l’herbier au Muséum national d’histoire naturelle de Paris ?

Car c’est aussi cela que raconte dans Botaniste Marc Jeanson, qui se classe lui-même, comme beaucoup de ses prédécesseurs passionnés par le règne végétal, dans la « catégorie des doux dingues ».

Dans ce récit écrit avec la collaboration de Charlotte Fauve, ce spécialiste des palmiers « venu aux plantes sur le tard » zigzague entre la naissance de sa propre passion botanique, ses voyages en Chine, en Polynésie, au Brésil ou en Afrique et des anecdotes concernant certains des plus importants naturalistes de l’époque moderne, à qui il rend un hommage admiratif et un peu nostalgique — Adanson, Tournefort, Linné ou Saint-Hilaire.

Car sous l’apparente impassibilité du végétal, la botanique est aussi un métier dangereux qui a coûté la vie à plus d’un botaniste au fil des siècles : vols de plantules, maladies tropicales, parasites bien accrochés, attaques meurtrières et exotiques. Un herbier, même à l’heure des analyses génétiques, doit aussi une grande partie de sa valeur aux efforts insensés qu’y ont insufflée des scientifiques.

Véritable machine à remonter le temps, l’Herbier national du Muséum contient aujourd’hui environ huit millions de spécimens, arrivés du monde entier au fil des siècles et des expéditions — dont la plus grande partie est numérisée et accessible en ligne. Ce qui en fait la collection botanique et fongique la plus importante au monde. 350 ans d’activité botanique plus tard, la collection couvrirait environ 47 % de la flore mondiale. Sachant que 90 % du vivant serait encore à découvrir, il y a de quoi être étourdi… sinon inquiet.

Et à l’ombre de chaque plante se trouve un botaniste, nous rappelle Marc Jeanson, homme ou femme, qui se compose en parts égales de rêveur, d’aventurier, de scientifique et de poète.

Extrait du «Botaniste»

Une expédition botanique n’a rien d’une flânerie insouciante : en s’efforçant de passer en revue chaque plante, elle vise l’absolu. Et l’absolu s’atteint lorsque surgit soudain un petit Dorstenia aux nervures argentées, ou un bégonia aussi minuscule que duveteux : décrire une plante demande une intense concentration, car ce qui va se perdre au moment du pressage doit se retrouver sur le papier.

Botaniste

★★★ 1/2

Marc Jeanson et Charlotte Fauve, Grasset, Paris, 2019, 224 pages