«Mamma mia!»: chacune pour soi et toutes pour une!

Non content de dessiner tout le temps ses autres séries, le scénariste Trondheim s’offre ici un microcosme de société, moments de vie exacerbés par la proximité révélatrice des mamans.
Photo: Dupuis Non content de dessiner tout le temps ses autres séries, le scénariste Trondheim s’offre ici un microcosme de société, moments de vie exacerbés par la proximité révélatrice des mamans.

Elles sont quatre. Il y a Marie, maman de Sophie, elle-même maman d’Aurélie. Laquelle est la maman d’Emma, et Emma celle de Kim. Ce qui fait cinq, mais Kim étant la poupée d’Emma, on revient à quatre. Elles cohabitent. Avec ce que cela suppose de pieds sur les pieds, de prises de bec et de bisous : encore heureux qu’elles s’aiment et qu’elles aient toutes — à des degrés très divers — la fibre maternelle. Si Kim pouvait parler, elle qui a tout le temps les yeux ouverts…

On craque tout de suite pour ces gags très habilement lancés, menés et bouclés en une planche, la forme la plus traîtresse qui soit en bande dessinée (pire que le strip des comics américains, disait le regretté Roba, qui fut si longtemps le papa de Boule et Bill) : il faut tenir la cadence, maintenir le niveau. Ce qui ne fait évidemment pas peur à Lewis Trondheim, machine à idées.

Non content de dessiner tout le temps ses autres séries, le scénariste Trondheim s’offre ici un microcosme de société, moments de vie exacerbés par la proximité révélatrice des mamans.

S’y confrontent des conceptions très variables et très générationnelles des choses : le partage des tâches, l’éducation, le jeunisme, l’âgisme, les seuils de tolérance, et ainsi de suite. L’écart est moins grand que l’on pense entre mère couveuse et free spirit, enfant roi et souffre-douleur.

Exemple : ce qu’on raconte à Emma. « Kim ne veut pas de potage ! » lance la fillette. Sa mère lui dit que c’est bien le potage pour les princesses qui vont devoir affronter des dragons. Marie l’aïeule joue la carte de la culpabilité : ce sera la faute d’Emma si un jour Kim, la poupée, a des enfants qui meurent de faim. La grand-mère d’Emma dit simplement : « C’est une poupée en plastique. Elle ne mange pas. » Alors Emma dit à sa maman : « Ta maman, elle est bizarre… Elle dit la vérité. »

Fascinante partition à plusieurs voix dissonantes pour lectrices (et lecteurs) de tous âges. Littéralement.

Mamma mia ! 1. La famille à dames

★★★ 1/2

Obion et Lewis Trondheim, Dupuis, Charleroi, 2019, 46 pages