«Un putain de salopard»: une jungle dans la jungle

Le dessin d’Olivier Pont nous convie à un véritable festival de tronches aux expressions faciales infiniment variées.
Photo: Rue de Sèvres Le dessin d’Olivier Pont nous convie à un véritable festival de tronches aux expressions faciales infiniment variées.

S’enfoncer dans la jungle. C’est l’expression consacrée. Euphémisme, en l’occurrence. Déjà, quand Max revient au Brésil en 1972, jeune homme plutôt insouciant, guitare en bandoulière, caressant un vague projet de quête de ses origines, il est bien plus enfoncé qu’il se l’imagine.

Et la jungle où il va se perdre n’est pas celle qui l’entoure, à Kalimboantao. Oui, il y a les caïmans, les sangsues, les moustiques, l’humidité, la végétation inextricable, mais c’est la jungle dans la jungle, celle des hommes, qui fait régner la vraie terreur.

Sur chacune des deux photos qu’il trimbale depuis la mort de sa mère, les seules de son enfance brésilienne, il y a un homme. Pas le même homme. L’un d’eux est-il son père ? Lequel ?

Sur le chemin de ses questions, il rencontre un trio d’infirmières marrantes et dégourdies, puis madame Margerita, qui sait des choses, puis Baïa, la jeune femme sourde qui va l’accompagner jusqu’au camp, où l’exploitation des mines et des mineures vont de pair.

Le portrait de son possible paternel, « un putain de salopard », s’y dessine, mais le mystère s’épaissit en même temps que la menace se précise, d’où une fuite éperdue au fin fond de nulle part, qui le mènera jusqu’à… suite au tome 2.

Ce récit d’aventures en rappelle bien d’autres : c’est moins le suspense qui nous happe que ces personnages admirablement cernés par Loisel, avec le même sens du détail parlant et de la truculence sans outrance que dans la série « Magasin général ».

Le dessin d’Olivier Pont, proche du trait si vif d’un Daniel Goossens (Fluide glacial), nous convie à un véritable festival de tronches aux expressions faciales infiniment variées. Tout sonne vrai dans cet univers pourtant si loin du monde et de ses lois. La loi de la jungle, faut-il comprendre, domine partout.

Un putain de salopard Tome 1 : Isabel

★★★★

Régis Loisel et Olivier Pont, Rue de Sèvres, Paris, 2019, 88 pages