Rencontre animale, entre humilité et ravissement

<p>Les mystères du règne animal et les activités humaines qui les altèrent sont un terrain fertile pour les artistes et écrivains.</p>
Photo: Dawn Villella Associated Press

Les mystères du règne animal et les activités humaines qui les altèrent sont un terrain fertile pour les artistes et écrivains.

Les insondables mystères du règne animal et les activités humaines qui les altèrent sont un terrain fertile pour les artistes et écrivains.

Au début des années 1980, le poète Jean-Marc Desgent réside pendant un an dans un chalet isolé au milieu des montagnes de Sutton. Chaque jour, il est étonné par la résilience, la dualité et l’intelligence qui habitent les animaux qu’il côtoie. Il devient même le compagnon d’un loup, qui l’attend au réveil pour le suivre dans ses pérégrinations. De cette expérience transcendante est né le recueil Misère et dialogue des bêtes.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Claire Varin

L’écrivaine Claire Varin est de ceux qui croient, comme Gandhi, qu’on « juge la valeur d’une nation par la façon dont les animaux sont traités ». Pour son roman Animalis, elle a visité les parcs animaliers, les réserves écologiques et les refuges du Québec, de l’Alberta et du Brésil, dans l’espoir de démontrer que les bêtes aussi sont dotées de sentiments et de sensibilité.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Jean-Marc Desgent

Dans l’essai La philosophie à l’abattoir, Jean-François Labonté se demande à quoi ressemblerait une société juste envers les animaux. Entre spécisme, citoyenneté animale et carnisme, le philosophe expose les arguments invoqués dans ce débat qui prend de plus en plus de place dans notre société.

Ces trois auteurs seront réunis le vendredi 9 août, dans le cadre des Correspondances d’Eastman, afin de discuter du ravissement que provoque une rencontre avec les animaux, mais aussi la naissance de la compassion et le désir de justice qui prend forme lorsqu’on accède à leur monde baigné d’authenticité.

« Lorsqu’on se retrouve face à face avec un loup, c’est comme si l’on sortait complètement de soi-même pour renaître en un être humain différent, explique Jean-Marc Desgent. Vous devenez, comme l’animal, attentif à votre survie. Vos sens sont en alerte pour éviter de faire un geste brusque ou de vous prendre les pieds dans une racine. C’est une découverte de soi. »

Lorsqu’on se retrouve face à face avec un loup, c’est comme si l’on sortait complètement de soi-même pour renaître en un être humain différent. Vous devenez, comme l’animal, attentif à votre survie.

Dans son recueil, le poète se décrit à la fois comme destructeur et victime de cette nature qui le ravit tant. « En un sens, les animaux, dans tous leurs paradoxes, sont plus intelligents que nous. Ils savent qu’ils ont le potentiel de nous détruire, mais comme dans le cas de ce loup qui espérait que je le nourrisse, ils comprennent qu’ils ont besoin de nous pour survivre. L’homme, lui, détruit sans penser aux conséquences. »

Droits fondamentaux

Claire Varin a vécu une expérience similaire, lorsqu’elle se baladait dans le parc national de Banff en compagnie d’un expert en grizzlis. « Durant notre voyage, nous avions seulement aperçu des ours de loin. Mais à la toute fin, alors qu’on s’en retournait en voiture, trois grizzlis se sont dirigés droit sur nous sur la route. C’était un moment extraordinaire, comme si je me retrouvais face à face avec le mystère de la vie. »

Pour l’écrivaine végétalienne, il est impératif d’accorder aux animaux des droits fondamentaux. « Alors qu’ils nous ravissent quotidiennement, on les exploite de manière barbare et éhontée. Si les gens voyaient ce qui se passe à l’intérieur des abattoirs, ils en auraient la nausée. »

Jean-François Labonté est du même avis. Avec son essai paru aux éditions Atelier 10, il réfute les trois arguments les plus communs pour justifier notre consommation de produits animaliers, soit que ce comportement serait normal, naturel et nécessaire.

« On a longtemps nié que les animaux avaient une vie psychologique, justifiant nos actions par leur absence de sensibilité. Or, au-delà du plaisir et de la douleur, ils ressentent l’ennui et la curiosité, en plus de maintenir des relations très riches avec les membres de leur espèce. Lorsqu’on sépare un veau de sa mère, on cause de la détresse et du désarroi. En fait, plus on apprend sur la multidimensionnalité de la faune, plus on s’expose à l’émerveillement. »

Le café littéraire sur l’animalité « Minuit dans l’oeil du chat », animé par Elsa Pépin, aura lieu le vendredi 9 août à 10 h 30 sur la terrasse Québecor.