«Augustin Frigon»: ingénierie et radio pour libérer

Né à Montréal, Augustin Frigon (1888-1952), ingénieur en électricité, sera le premier Canadien français à obtenir un doctorat en sciences appliquées de l’Université de Paris.
Photo: Jack Lindsay Né à Montréal, Augustin Frigon (1888-1952), ingénieur en électricité, sera le premier Canadien français à obtenir un doctorat en sciences appliquées de l’Université de Paris.

La société d’ingénieurs-conseils SNC-Lavalin fait beaucoup parler d’elle, mais pas toujours sur un ton louangeur. Il reste qu’elle a hissé le Québec au rang international dans le domaine des sciences appliquées. En 1911, Augustin Frigon, à l’École polytechnique de Montréal, a favorisé son essor avec Arthur Surveyer et ensuite avec la firme Lalonde et Valois en remédiant à notre grave infériorité par rapport aux Anglo-Saxons.

Né à Montréal, Augustin Frigon (1888-1952), ingénieur en électricité, sera le premier Canadien français à obtenir un doctorat en sciences appliquées de l’Université de Paris. Professeur à Polytechnique, il s’associe en 1912 à une firme, pour planifier des projets hydroélectriques, avec Arthur Surveyer, petit-fils du libraire patriote Édouard-Raymond Fabre, l’ami de Louis-Joseph Papineau. Les biographes Robert Gagnon et Pierre Frigon font découvrir avec éclat cet émancipateur sous-estimé.

Directeur des études à Polytechnique de 1923 à 1935, puis principal de 1935 à 1952, Augustin Frigon, qui n’a pas froid aux yeux, rehausse le prestige de l’École en invitant à Montréal, en 1930, sans être « à la remorque » de la rivale anglophone McGill, précisent les biographes, l’American Society for the Promotion of Engineering Education pour qu’elle y tienne son congrès annuel. Il donne ainsi de la reconnaissance continentale à la formation d’ingénieurs offerte en français.

Dans le même esprit, en occupant des postes importants au sein de l’organisation de l’enseignement au Québec, il encourage l’apprentissage méthodique des travaux manuels dès l’école primaire afin d’initier la jeunesse aux sciences et techniques pour, écrit-il, la préparer « aux positions de commande de la vie économique et industrielle de notre pays ». Il déplore en 1942 que les Canadiens français jouent « le rôle de subalternes, tandis que nos compatriotes de langue anglaise dirigent tout ».

Devenu en 1936 directeur général adjoint de CBC/Radio-Canada, que l’on venait de fonder, et maître d’oeuvre du réseau français, il a incité le nouvel organisme à créer l’émission d’éducation populaireRadio-Collège (1941-1956), qui aura un succès phénoménal et qui, soulignent avec justesse Gagnon et Frigon, annonce la Révolution tranquille. À cause de sa compétence technique supérieure, Augustin Frigon aurait dû être le directeur général tout court de l’organisme. Il ne le deviendra qu’en 1944.

Le ministre fédéral Ernest Lapointelui avait pourtant dit : « Les Anglo-Canadiens n’accepteraient jamais de voir un Canadien français — et catholique — à la tête de l’organisme appelé à jouer un rôle prépondérant dans l’unification du pays. » Mais Frigon restait imperméable à l’atavisme anglo-protestant, au point d’estimer que les versions françaises d’émissions anglophones s’éloignaient de l’originalité culturelle québécoise.

Extrait d’«Augustin Frigon»

Augustin Frigon, cet ingénieur qui a oeuvré dans des institutions tant québécoises que fédérales n’a jamais renié ses origines, et ses actions ont été dictées par le nationalisme canadien-français ambiant auquel il a donné une couleur particulière.

Augustin Frigon: Sciences, techniques et radiodiffusion

★★★★

Robert Gagnon et Pierre Frigon, Boréal, Montréal, 2019, 248 pages