Artistes en quête de beauté

La beauté est une quête. L’esthétisme, un credo. Voilà un principe exigeant, un engagement de chaque instant qui fait en sorte que la vie et l’œuvre d’un artiste peuvent parfois se confondre. C’est certainement ainsi qu’Oscar Wilde et Jean Cocteau (sur la photo) créèrent et vécurent.
Photo: Archives Agence France-Presse La beauté est une quête. L’esthétisme, un credo. Voilà un principe exigeant, un engagement de chaque instant qui fait en sorte que la vie et l’œuvre d’un artiste peuvent parfois se confondre. C’est certainement ainsi qu’Oscar Wilde et Jean Cocteau (sur la photo) créèrent et vécurent.

La beauté est une quête. L’esthétisme, un credo. Voilà un principe exigeant, un engagement de chaque instant qui fait en sorte que la vie et l’œuvre d’un artiste peuvent parfois se confondre. C’est certainement ainsi qu’Oscar Wilde (1854-1900) et Jean Cocteau (1889-1963) créèrent et vécurent. Alors que le XXe siècle se profile à l’horizon, le premier, ruiné par ses différents procès pour immoralité, s’éteint dans un hôtel miteux de Paris. Au même moment, le second, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest, encore sous le choc du suicide de son père, se passionne déjà, à 11 ans, pour le cinéma et le théâtre.
 

Le seul dieu véritable

Après avoir consacré un tome aux œuvres d’Oscar Wilde dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1996, les Éditions Gallimard accordent ces jours-ci à l’écrivain irlandais une place dans la (plus accessible) collection Quarto. Dans ce pavé intitulé Rien n’est vrai que le beau (une formule que Wilde emprunte à Musset), on a réuni des contes, des histoires et des nouvelles, mais aussi des lettres, essentielles à la compréhension de l’homme et de sa pensée. Des dossiers concernent les rapports que Wilde entretenait avec l’art, puis avec la Ville Lumière.
 

On s’est bien entendu assuré d’inclure également Le portrait de Dorian Gray, seul roman de l’auteur, probablement la pièce de résistance de son œuvre et certainement le berceau d’un mythe littéraire encore bien vivant. Ici aussi, la notion de beauté est cruciale. Selon Lord Henry, l’alter ego de Wilde, la beauté, à commencer par celle de Dorian, est « une forme de génie », « supérieure en fait au génie, car elle ne requiert aucune explication ». Dans ce livre fascinant apparaissent déjà quelques-uns des enjeux si chers à notre époque, notamment ce qui concerne la complexité de l’identité et la souveraineté du désir.

Dans l’éclairante préface de Pascal Aquien, professeur de littérature anglaise à la Sorbonne, il est question de la foi d’Oscar Wilde en un principe inattaquable : « la valeur absolue, une et immanente du beau, seul dieu véritable ». Avec des écrits contrastés, entrelaçant le comique et le tragique, l’anecdotique et le politique, l’auteur a exprimé la fragilité et la puissance de l’être humain. Selon Aquien, son œuvre nous incite toujours à « mieux vivre » en interrogeant ce qui nous « façonne » et nous « abîme », en nous faisant prendre conscience de notre « capacité à inventer », de la possibilité qui est la nôtre de « créer ce superflu essentiel : la beauté ».

Photo: Napoleon Sarony domaine public Oscar Wilde

Wilde estimait qu’il n’existait à vrai dire qu’un seul art. Dans Aristote à l’heure du thé, il écrivait : « Un poème, un tableau, le Parthénon, un sonnet, une statue sont par essence identiques, et qui en connaît un les connaît tous. » Voilà une vision de la création qui évoque certainement celle de Cocteau, prolifique et polymorphe, mais toujours cohérente, celle d’un poète au sens le plus large de l’expression, passant tout naturellement du roman au cinéma ou du théâtre aux arts plastiques.
 

L’art du beau

Dans la foulée d’une exposition présentée en ce moment même à la fraîchement rénovée Maison Cocteau de Milly-la-Forêt, en partie grâce à la succession d’Édouard Dermit, dernier compagnon et héritier de l’écrivain, le Centre Pompidou publie un catalogue intitulé Jean Cocteau. Dessins d’une vie. On y trouve 150 dessins de diverses natures et de différents styles : esquisses de jeunesse, illustrations tirées de revues et de romans, croquis liés au monde du spectacle, portraits et autoportraits. Faute d’être exhaustif, l’ouvrage, savamment divisé, truffé d’utiles mises en contexte, offre sur papier mat des reproductions d’une excellente qualité.
 

Dans son introduction, Christian Briend, chef du service des collections modernes au Centre Pompidou, explique que Cocteau n’a jamais cessé de « relier son activité de dessinateur à son œuvre écrit ». L’artiste considérait le dessin comme une écriture « plus grosse », celle d’un poète « qui essaye maladroitement de s’affranchir des mots ». Dans une fameuse dédicace à Picasso, l’auteur affirmait : « Les poètes ne dessinent pas. Ils dénouent l’écriture et la renouent ensuite autrement. » Ainsi, les dessins de Cocteau, qu’ils évoquent le néoclassicisme ou le cubisme, constituent une sorte de narration. Ils racontent une vie et une démarche, traduisent des amours et des amitiés, épousent l’intime et le mondain, communiquent la violence et le désir… Ces dessins appartiennent en somme à une vaste quête, témoignent d’un irrésistible élan vers la beauté.

Jean Cocteau. Dessins d’une vie. De Milly-la-Forêt au Centre Pompidou
★★★ Sous la direction de Christian Briend, Centre Pompidou, Paris, 2019, 168 pages

Rien n’est vrai que le beau. Œuvres choisies, Lettres ★★★★ Oscar Wilde, traduit par Henriette de Boissard, François Dupuigrenet Desroussilles et Jean Gattégno, Gallimard, « Quarto », Paris, 2019, 1248 pages