«Gombri»: un grand jardin de flous

Fable dont les dessins ont fait l’objet de deux expositions à Reykjavík, «Gombri» met en scène le dernier membre d’une famille d’humanoïdes s’occupant depuis des temps immémoriaux d’un jardin.
Photo: Mécanique générale Fable dont les dessins ont fait l’objet de deux expositions à Reykjavík, «Gombri» met en scène le dernier membre d’une famille d’humanoïdes s’occupant depuis des temps immémoriaux d’un jardin.

Des plumitifs intrépides se sont parfois risqués à détourner la citation de Confucius voulant qu’une image vaille mille mots, en arguant qu’au contraire, un mot vaut mille images. La lecture de Gombri, d’Elín Edda, première bédé islandaise d’envergure à obtenir une traduction française, apporte un bémol à cette croyance en démontrant que plusieurs mots regroupés ne valent pas nécessairement plusieurs milliers d’images.

Fable dont les dessins ont fait l’objet de deux expositions à Reykjavík, Gombri met en scène le dernier membre d’une famille d’humanoïdes s’occupant depuis des temps immémoriaux d’un jardin. Transformé en un jardin nelliganesque, l’endroit ne présente désormais plus d’intérêt pour Gombri. Miné par la solitude, il part au large.

Sur une île rachitique, « le seul endroit que personne ne possède », il rencontre Nanna, artiste convaincue que tout le monde l’est aussi. « Tu sais dessiner, tout le monde sait dessiner », lui dit-elle, à la manière de Stéphane-Albert Boulais, vu chez Pierre Perrault, qui prétendait que tous ses amis chasseurs étaient des poètes.

Quittant l’île, la paire rencontre la civilisation : le bruit, la surveillance et les forces constabulaires. Pour une raison inconnue, Nanna se révèle une ennemie publique. Dans ce lieu où les méchants s’adonnent à l’autodafé et où les bons conservent les livres ou font du vélo, Gombri et Nanna ont des discussions qui tiennent de la croissance personnelle.

L’attachant diablotin aux grands yeux découvre un jour que la Terre Mère (« un fondement en lequel nous devons avoir confiance » et qu’on aurait sans doute appelé « Terre-Kébek » en 1975) a déserté son jardin. Devenu une sorte d’élu, Gombri est encouragé par cette Gaïa à retourner chez lui.

Fruit d’un fulgurant travail chromatique qui rappelle parfois l’univers de l’artiste montréalaise Catherine Ocelot, Gombri perd néanmoins radicalement en qualité lorsque le didactisme du texte rencontre l’image, au grand détriment d’un récit surtout atmosphérique.

Gombri

★★ 1/2

Elín Edda, Mécanique générale, Montréal, 2019, 208 pages