«Dictionnaire mélancolique de mon exil»: Débris d’ailleurs

À partir de fragments, de débris et de souvenirs, Morgan Le Thiec partage ici ses réflexions et son expérience de l’immigration, qu’elle n’hésite pas à qualifier d’exil.
Photo: Pleine Lune À partir de fragments, de débris et de souvenirs, Morgan Le Thiec partage ici ses réflexions et son expérience de l’immigration, qu’elle n’hésite pas à qualifier d’exil.

« Je suis de mon enfance comme d’un pays », écrit Saint-Exupéry dans Pilote de guerre. À sa propre enfance vécue dans un pays lointain, Morgan Le Thiec lie une forme de traumatisme : la destruction de la maison dans laquelle elle a passé une partie de son enfance en Bretagne. « Une maison n’est jamais qu’une simple maison. » Et c’est un peu, écrit-elle, comme si elle avait « disparu physiquement » pour l’aider à la quitter.

En guise d’exorcisme, l’auteure de deux recueils de nouvelles et d’un roman (Les questions orphelines, Pleine Lune, 2015) nous propose Dictionnaire mélancolique de mon exil.

À partir de fragments, de débris et de souvenirs, Morgan Le Thiec, qui vit au Québec depuis plusieurs années et travaille dans le domaine du français langue seconde, partage ici ses réflexions et son expérience de l’immigration, qu’elle n’hésite pas à qualifier d’exil — mais d’exil au « sens mou ». « Je suis restée, je me surprends à l’être encore parfois, une personne en transit. Ce que j’ai ressenti, ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. »

Avec à propos et sensibilité, elle exhume des fragments de son histoire familiale, mélange les souvenirs et les lectures (Annie Ernaux, Nancy Huston ou Abla Farhoud) en évoquant les multiples pertes entraînées par sa traversée de l’Atlantique.

Même si le projet prend son origine dans un blogue du même nom, il demeure, comme c’est souvent le cas, que le choix formel du fragment relève d’une certaine facilité. Ce dictionnaire un peu pêle-mêle n’évite d’ailleurs pas les répétitions — ceci expliquant sans doute un peu cela. Un travail d’édition plus considérable aurait certainement pu enrichir l’ouvrage.

Dictionnaire mélancolique de mon exil

★★★

Morgan Le Thiec, Pleine Lune, Montréal, 2019, 168 pages