«Le livre de Judith»: profession: espionne

Mylène Gilbert-Dumas nous fait valser entre les époques, passant allègrement du roman contemporain jusqu’aux morceaux d’une histoire dont on ne finira jamais de découvrir de tragiques épisodes cachés.
Photo: Mathieu Rivard Mylène Gilbert-Dumas nous fait valser entre les époques, passant allègrement du roman contemporain jusqu’aux morceaux d’une histoire dont on ne finira jamais de découvrir de tragiques épisodes cachés.

Les tout premiers chapitres de ce roman d’espionnage sont de prime abord un peu déroutants, chacun y présentant un personnage apparemment sans rapport avec les autres. Puis, petit à petit, Mylène Gilbert-Dumas nous fait valser entre les époques, passant allègrement du roman contemporain jusqu’aux morceaux d’une histoire dont on ne finira jamais de découvrir de tragiques épisodes cachés. Valser aussi entre le destin de quelques héroïnes qui n’aura de lien que la soif de justice et le combat de la cruauté nazie.

1939. La guerre. Cécile Maltais, toute chercheuse de fossiles qu’elle soit dans les badlands albertaines, est pourvue d’une excellente mémoire et d’un bon sens de l’observation, férue d’aventure, de plein air et de chasse depuis son tout jeune âge. Ces qualités inciteront son ancien professeur, le colonel Thomas Clark, à l’enrôler dans une série de missions ultra-secrètes. Au terme d’un entraînement intensif dans une école militaire, la Special Training School 103, la nouvelle recrue fera impression.

Sous le nom de code « Judith », Cécile travaillera à la solde des services secrets britanniques. S’ensuivra une véritable cavalcade qui mettra à l’épreuve ses habiletés et exigera un implacable sang-froid. C’est la guerre…

Cécile-Judith se révélera une excellente espionne grâce à sa connaissance des explosifs, des armes à feu, du sabotage et du combat à mains nues, mais aussi grâce à sa maîtrise de l’encodage et du décodage de messages. Le roman est farci de ses prouesses.

Pour sa part, Emily Ann Saxby, riche New-Yorkaise, avait quitté le douillet nid parental pour aller étudier à Paris, en histoire, avec un intérêt marqué pour l’époque des cathares et de l’Inquisition. Elle avait 25 ans, un physique ingrat, et plutôt que d’entrevoir un avenir de vieille fille, avait préféré l’exil.

Devenue Émilienne dans sa nouvelle vie hexagonale, elle rencontre l’auteur Tudorel Tcherniak, né en Autriche de parents russes, qui va bouleverser son parcours. Elle qui prétendait qu’elle ne connaîtrait jamais l’amour s’éprendra de ce révolutionnaire apatride, sans papiers, traqué par les nazis, et s’engagera elle aussi pour les services secrets britanniques, cette fois comme agente du SOE, le Special Operations Executive.

Des décennies plus tard, c’est à la romancière Virginie Constantineau, héroïne du précédent roman de l’auteure, La mémoire du temps (VLB éditeur, 2017), que fait appel le petit-neveu d’Emily Ann Saxby pour écrire la biographie de cette femme qui fut capturée par les Allemands, emprisonnée, puis envoyée dans un camp d’Alsace où elle fut exécutée à l’âge de 36 ans.

Quant au pasteur Andrey, cet ex-prisonnier, il recueillera les confidences d’une paroissienne centenaire… en Alberta. Mais qui peut-elle bien être ?

Le livre de Judith

★★★★

Mylène Gilbert-Dumas VLB éditeur, Montréal, 2019, 480 pages