Littérature: Jesmyn Ward récompensée pour son «Chant des revenants»

Jesmyn Ward pendant le Festival du livre à Jackson au Mississippi
Photo: Rogelio V. Solis Associated Press Jesmyn Ward pendant le Festival du livre à Jackson au Mississippi

La romancière américaine Jesmyn Ward a reçu mardi le prix America du meilleur livre américain pour Le chant des revenants, un récit aussi puissant que déchirant autour d’une famille noire du Mississippi rongée par la drogue et la hantise de la prison.

Professeure d’anglais — elle a été la première de sa famille à fréquenter l’université —, Jesmyn Ward, 42 ans, avait déjà été récompensée pour ce livre par le prestigieux National Book Award en 2017.

Elle est la seule femme à avoir reçu deux fois cette distinction considérée comme la plus importante récompense littéraire des États-Unis. Certains critiques américains n’hésitent pas à en faire l’héritière de la lauréate du prix Nobel de littérature, Toni Morrison.

Les enclaves de la ségrégation

Dans Le chant des revenants,une femme prénommée Leonie (noire et toxicomane) décide d’emmener ses enfants dans le nord du Mississippi pour aller chercher leur père (Michael, un « petit blanc » issu d’une famille raciste) qui va être libéré de prison. Le récit fait alterner les voix de Leonie, de son fils Jojo, un gamin de 13 ans, et de Richie, un fantôme qui ne parle qu’à l’oreille de Jojo.

Élevé par ses grands-parents maternels, notamment son grand-père prénommé River, c’est Jojo qui prend soin de Kayla, sa petite soeur embarquée elle aussi vers le pénitencier de Parchman.

Si la ségrégation raciale appartient au passé dans le sud des États-Unis, ses séquelles demeurent.

« Pendant plus de 300 ans, les Américains noirs ont été traités comme du bétail », accuse Jesmyn Ward dans le nouveau numéro d’America à paraître mercredi.

« C’est une tendance qui dure depuis des siècles et qui est incrustée dans les fondations mêmes de l’Amérique », ajoute la romancière, dont le frère, « homme noir de 18 ans », a été mortellement blessé par un conducteur ivre en octobre 2000. Le chauffard, blanc, a été arrêté par la police, mais simplement condamné pour délit de fuite.