«East Village Blues»: le village perdu

La plume de la romancière épate, mais il est difficile de s’approprier le blues que tente de raconter Chantal Thomas.
Photo: Seuil La plume de la romancière épate, mais il est difficile de s’approprier le blues que tente de raconter Chantal Thomas.

La Grosse Pomme ne cessera jamais d’enchanter, c’est certain, avec son charme citadin, ses rues étourdissantes, ses soirées qui ne se terminent jamais… Au milieu des années 1970, Chantal Thomas (Les adieux à la reine, Seuil, 2002) s’éprend de New York, particulièrement de l’East Village, et raconte ainsi son aventure particulière dans le quartier bohémien de l’époque dans East Village Blues.

La romancière, essayiste et scénariste dit bien blues, car de toute évidence, cette époque lui manque. Le récit débute au moment où elle retourne dans la ville qui ne dort jamais à la mi-juin de 2017. L’East Village du nouveau millénaire s’y révèle à des lieues du quartier mythique, révolté, envoûtant qu’elle avait connu près de 40 ans auparavant.

S’ensuivent des pages et des pages d’éloge de ce temps révolu, animé par la Beat Generation et ses pionniers, Kerouac, Ginsberg, Burroughs. On croise aussi Andy Warhol, pas tant l’artiste que le spectre qu’il devient après avoir souffert une tentative d’assassinat en 1968. Bien entendu : le New York de l’époque, c’était le leur.

Ces rencontres fictionnelles provoquent un contraste un peu déroutant avec la vie que menait alors Thomas, plongée dans une ville inconnue et un mode de vie tout aussi fascinant qu’étranger.

Toute cette nouveauté constitue une aventure intéressante, qui pourrait presque devenir captivante, mais puisque constamment entrecoupée de références à tel auteur, à tel artiste, on s’en lasse, malheureusement, rapidement.

Certes, la plume de la romancière épate, mais il est difficile de s’approprier le blues que tente de raconter Chantal Thomas dans ce court récit souvenir, d’autant plus que les parallèles qu’elle tisse avec ce que l’East Village est devenu sont un peu maladroits.

Malgré une ville en arrière-plan aussi mystifiante que New York, dont le charme s’est raffiné avec le temps, le récit — et son auteure — demeure, en soi, incapable de se détacher de son passé : « those were the days », tout a changé, rien ne va plus.

East Village Blues

★★ 1/2

Chantal Thomas (photos d’Allen S. Weiss), Seuil, Paris, 2019, 190 pages