«L’écriture dessinée»: voyage au cœur de l’œuvre de Riad Sattouf

Riad Sattouf se raconte au travers des planches de jeunesse ou inédites.
Photo: Joël Saget Agence France-Presse Riad Sattouf se raconte au travers des planches de jeunesse ou inédites.

Après la présentation d’expositions consacrées au travail de bédéistes tels Art Spiegelman, Franquin ou Claire Bretécher, la Bibliothèque publique d’information (la bibliothèque principale de Paris) nous offre une incursion dans le travail de l’auteur de bande dessinée et réalisateur Riad Sattouf.

Né à Paris d’une mère française et d’un père syrien, c’est en Syrie, ainsi qu’en Libye, que Sattouf passe son enfance, avant de revenir s’installer en France, à l’âge de 12 ans, avec ses parents. Un long séjour qui sera plus que déterminant dans son œuvre.

On doit à Sattouf, entre autres, les séries Pascal Brutal (dont le troisième tome a été récompensé d’un Fauve d’or à Angoulême en 2010), La vie secrète des jeunes, L’Arabe du futur et, plus récemment, Les cahiers d’Esther. Au cinéma, on se souvient principalement des Beaux Gosses, sorti sur les écrans en 2009 et qui a remporté le César 2010 du meilleur premier film.

Afin de matérialiser et d’immortaliser l’exposition, la bibliothèque et les éditions Allary ont donc lancé L’écriture dessinée, un ouvrage dans lequel Sattouf se raconte, au fil de planches de jeunesse ou inédites, dans ce qui s’avère être en fin de compte une analyse autocritique de son travail. Et, ici, pas de complaisance : le bédéiste est capable de porter un regard assez dur sur certains dessins, tout en les replaçant dans leur perspective chronologique, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Les dessins d’enfant, réalisés vers 1988 et qui mettent en scène des guerriers inspirés d’un univers rappelant celui de Conan le barbare, par exemple, démontrent déjà une volonté de raconter une histoire avec des images, même si l’ensemble est empreint d’une grande violence. Cela avait pour objectif, selon Sattouf de le détendre, car « il aimait voir des corps déchiquetés par des hommes musclés ».

Il raconte aussi un des moments les plus importants dans la construction de sa carrière de bédéiste, alors qu’en 2002, il a été invité à partager un atelier avec Christophe Blain, Mathieu Sapin et Joann Sfar, ce dernier lui prodiguant un important conseil qui le suivra toute sa vie : quand un projet est refusé, tu en proposes un autre, jusqu’à ce que quelqu’un dise oui. Il faut être entêté !

Bien entendu, le monde de l’édition n’étant pas à l’abri de l’incompétence, Sattouf se permet un petit direct au passage à l’éditeur de la série Pascal Brutal, qui a décidé de partir en vacances le lendemain de la remise du Fauve d’or au troisième tome de la série. Cela ne serait pas si grave si ledit éditeur n’avait pas oublié de faire réimprimer la bédé, laissant un vide béant de quatre mois avant que le livre ne soit disponible à nouveau. Pas fort.

Bref, une belle incursion qui permet de mieux comprendre et d’apprécier une trentaine d’années de travail acharné d’un bédéiste qui doute, mais, aussi, de mieux comprendre comment se construit un album, particulièrement dans son idéation. Et c’est sans parler de ces planches qui se laissent parcourir en nous mettant en appétit, celui d’aller se procurer tous ces albums qui ne demandent qu’à être lus…

L’écriture dessinée

★★★ 1/2

Riad Sattouf, Éditions Allary, Paris, 2019, 210 pages