«Contacts»: Leclerc, père et fille

Comme auteure, Mélanie Leclerc éblouit, et comme dessinatrice, elle impressionne tout autant.
Photo: Mélanie Leclerc Comme auteure, Mélanie Leclerc éblouit, et comme dessinatrice, elle impressionne tout autant.

Des histoires de famille qui charment, le Québec en a connu : ses icônes artistiques ont souvent été suivies par une lignée tout aussi brillante sur de nombreux plans, et le clan Leclerc n’y échappe pas.

Dans Contacts, Mélanie Leclerc plonge dans l’univers de son père, Martin Leclerc, photographe. Ce récit, toutefois, s’avère être un amalgame d’histoires : Leclerc est notamment le premier fils de l’illustre Félix. Martin étant aussi père, Contacts raconte par le fait même l’histoire de Mélanie. Le livre devient alors vite plus qu’un hommage au patriarche — peut-être plus que l’auteure ne l’a voulu au départ.

Le récit est découpé en sept parties, chacune détaillant une anecdote de durée variée, se déroulant entre 1982 et 2004. Martin Leclerc nous est présenté de prime abord comme père, puis comme photographe, alors que Mélanie, enfant, le rejoint dans un sous-sol repensé en chambre noire.

Un été sans papa

C’est un père qui part souvent, cependant : il travaille à l’Office national du film et ses tournages sont nombreux, ses voyages en témoignent. Un été s’écoule sans papa ; on compte les jours, on adopte un chien, on s’ennuie de lui. On se rend compte bien vite qu’il s’agit d’un scénario familier chez les Leclerc.

Au fil des pages, Mélanie grandit, et Martin, lui, produit et voyage, dans le monde et dans le temps. Des noms ressortent : Félix Leclerc, père lui aussi voyageur, grand-père presque mythique. Pierre Perrault, compagnon réalisateur, pour qui Martin était caméraman de longue date. Des inspirations, aussi : Eugene Smith, Henri Cartier-Bresson, Robert Capa…

Mélanie grandit un peu plus, et se voit offrir un cadeau : le Leica de son père. C’est à partir de là que l’histoire de Mélanie se dessine en avant-plan, suivant les traces de son père, s’improvisant elle aussi photographe avant de se lancer en cinéma à l’université. En marge, on voit Martin éprouvé par les difficultés du milieu, puis réanimé par sa passion, mais il reste que Mélanie prend les devants sur le plan narratif.

On ne s’en plaint pas, loin de là : c’est ainsi qu’on s’aperçoit que Contacts n’est pas seulement le portrait d’un papa photographe, mais bien une histoire père-fille qui enchante infiniment. Les parallèles entre la carrière de Martin et celle de sa fille sont évidents, et leur amour partagé pour les images l’est aussi.

Comme auteure, Mélanie Leclerc éblouit, et comme dessinatrice, elle impressionne tout autant : ses panneaux à l’aquarelle sont simples mais non dénués d’émotion, et les images parfois cocasses ajoutent à l’attrait charmant du récit.

On a presque l’impression de voir des photos analogues, le noir et blanc se mariant à la perfection avec l’histoire que ces images racontent.

Et des photos, l’ouvrage n’en manque pas : le livre se clôt avec une petite mais magnifique collection de clichés, amassés au fil des années par Martin Leclerc. Plusieurs d’entre eux font écho à des photos mentionnées au cours de l’histoire. On ne peut que s’en réjouir.

Au final, bien que court (trop, même), Contacts reste une excellente lecture d’été, aimable et un brin nostalgique sans toutefois chagriner. Le tout se lit facilement, voire un peu trop rapidement, mais on est certain qu’on y retournera, ne serait-ce que pour admirer les planches évocatrices qui s’y trouvent.

Contacts

★★★★

Mélanie Leclerc, Mécanique générale, Montréal, 2019, 144 pages