«Les animaux ventriloques»: eux contre le monde

Avec ses vers longs, presque logorrhéiques, «Les animaux ventriloques» est le cauchemar de l’amateur de poésie minimaliste.
Photo: Les Herbes rouges Avec ses vers longs, presque logorrhéiques, «Les animaux ventriloques» est le cauchemar de l’amateur de poésie minimaliste.

Jean-Simon DesRochers a l’habitude des gros romans denses et bavards (La canicule des pauvres). Son plus récent livre, le 11e — un retour à la poésie après les deux tomes de L’année noire —, ne fait pas exception à cette affection pour l’opulence de la phrase et de la parole.

Avec ses vers longs, presque logorrhéiques, Les animaux ventriloques est le cauchemar de l’amateur de poésie minimaliste.

Parenthèses, dialogues, listes abondent dans ce recueil aux allures de bestiaire, de théâtre grec ou de (beau) film porno. Il y a dans ce livre le désir de tout dire avant qu’il ne soit trop tard, de ne rien s’interdire, d’épuiser chacun des réservoirs d’une langue faite de mots rares, de menaces dont se méfier et de grandes soifs.

En son coeur : la promesse d’un homme envers une femme, comme un serment insufflant d’abord au texte des airs de prophétie : « nous fixerons des quartz à nos épaules jusqu’à devenir falaises, / nous l’aurons appris : mieux vaut cacher son enfance dans la montagne creuse du langage. / (ma tristesse te désire, as-tu enfin compris ?) ».

Ce sera eux contre le monde, eux contre la mort, sur la scène de ce théâtre de contraintes qui rappelle toujours à leur mémoire l’éventualité de la fin et où l’amour n’est peut-être qu’une danse ridicule, chimérique.

L’éphémérité de la vie

Voici donc un texte exigeant, volontairement essoufflant, mais aussi vivifiant de générosité, au coeur duquel la sexualité semble la seule réponse raisonnable à l’angoisse de l’éphémérité de la vie.

DesRochers signe sans doute d’ailleurs ici un des recueils de 2019 où le cunnilingus est le plus souvent évoqué.

Face à la mort, choisir les mensonges dont on souhaite se bercer, mais ne jamais perdre de vue qu’ils en sont : « il ne tiendra qu’à moi de reconnaître comment l’amour confond ses danseurs (fables animées de femmes, phrases cassées devant nous blanchir). / voilà peut-être le pendule revenu de cette fiction qui nous arrose. oui, il fera bientôt froid ».

Les animaux ventriloques

★★★ 1/2

Jean-Simon DesRochers, Les Herbes rouges, Montréal, 2019, 90 pages