«L’art de ranger ses disques»: à l’ordre, mélomanes!

Classer ses disques, c’est écrire sa propre petite histoire de la musique.
Photo: Rivages Rouge Classer ses disques, c’est écrire sa propre petite histoire de la musique.

La papesse de l’épuration extrême, Marie Kondo, pousserait un cri aussi strident qu’une chanteuse de power métal devant celle-ci. Une collection de 500 disques (!) « est un minimum pour un honnête homme », proclament les auteurs de L’art de ranger ses disques, sorte de portrait du discophile vieillissant pris entre le romantisme de ses désirs nombreux et le nécessaire pragmatisme d’une vie adulte multipliant les contraintes.

Véritables conseils utiles à quiconque ne sait plus très bien qui de lui ou de ses 33 tours est le maître de son 5 et demi.

Méditations ésotériques sur les sacrilèges que peut provoquer un classement alphabétique strict (comment tolérer qu’Adamo et Bernard Adamus cohabitent ?). Observations sur les aléas parfois pénibles de la conciliation mélomanie-famille.

Non, vous n’êtes pas le seul à accorder autant d’espace mental à ces questions graves, et ce petit guide surjouant le sérieux pour l’effet comique pourrait devenir un outil précieux afin d’éclairer vos proches légitimement désemparés quant à la nature de votre maladie.

Mais pourquoi donc consacrer une telle énergie à considérer sous tous ses angles une tâche aussi banale ? Parce qu’il n’y a rien de banal dans ce travail ne consistant pas qu’à classer des bouts de plastique et de carton.

Classer ses disques, c’est écrire sa propre petite histoire de la musique, c’est énoncer ses valeurs profondes, c’est raconter sa vie. « Classer ses disques se révèle souvent un vrai plaisir, doublé d’une curieuse thérapie. » Une thérapie dont on n’émergera — soyons prévenus — pas forcément plus serein.

À l’heure de la dématérialisation des supports, Frédéric Béghin et Philippe Blanchet esquissent par ailleurs, comme en négatif, une insolente réflexion sur la valeur et l’authenticité même d’une passion pour la musique qui ne trouverait pas son miroir dans l’accumulation obsessive d’objets.

Existe-t-il plus parlante métaphore de la place qu’occupe la musique dans notre coeur que celle qu’elle occupe dans notre demeure ?

L’art de ranger ses disques

★★★

Frédéric Béghin et Philippe Blanchet, Rivages Rouge, Paris, 2019, 128 pages