«L’enfant de Garland Road»: un Simenon résolument intimiste

Malgré la qualité d’ensemble du nouveau récit de Pierre Simenon, le lecteur ne pourra, hélas, s’empêcher de le comparer avec les livres de son illustre père.
Photo: Shelli Wright Malgré la qualité d’ensemble du nouveau récit de Pierre Simenon, le lecteur ne pourra, hélas, s’empêcher de le comparer avec les livres de son illustre père.

Le simple fait de lire « Simenon » sur la page couverture d’un polar fait déjà naître certaines attentes… et Pierre Simenon — oui, le fils du célèbre Georges — en est sans doute le premier conscient. Né en Suisse en 1959, il a déjà publié deux autres livres chez Flammarion (Au nom du sang versé en 2010 et De père à père en 2015). Et malgré la qualité d’ensemble de son nouveau récit, le lecteur ne pourra, hélas, s’empêcher de faire la comparaison avec les livres de son illustre père.

Une forte complicité

Pourtant L’enfant de Garland Road est une histoire fort bien menée contenant des passages d’une grande justesse sur les relations de couple et la solitude. On y rencontre un écrivain plus ou moins raté, Kevin, installé confortablement dans une petite ville du Vermont près de la frontière. Il a mal survécu à la mort accidentelle de sa femme ; abruti par l’alcool et l’auto-apitoiement, il écrit de moins en moins et pense de plus en plus fréquemment à mettre fin à ses jours. C’est l’arrivée dans sa vie de son jeune neveu David qui l’empêchera d’appuyer une fois pour toutes sur la détente…

Le pauvre David n’a pas eu la vie facile : ses parents ont été assassinésdevant lui et il n’a réussi à s’en tirer qu’en se cachant au fond d’un placard. Le meurtrier court toujours et l’enfant est obsédé par une ombre floue qui le pourchasse ; son oncle Kevin est le seul membre de la famille qui puisse s’occuper de lui, et l’arrivée de David aura un effet bénéfique sur l’écrivain. Rapidement, une forte complicité se tisse entre ces deux êtres meurtris.

La relation se concrétise à travers les petits gestes du quotidien et elle permet à Kevin de faire le point sur sa vie, de réinvestir dans ses amis et de se remettre à vivre et même à écrire. Mais le pédophile et tueur en série qui a éliminé les parents de David en cherchant à lui mettre la main dessus n’a pas renoncé… et le gamin sera bientôt enlevé sur le terrain de sport de son école. Panique.

C’est Fran, l’amie de Kevin et shérif à la retraite qui prendra les choses en main. Forte en déductions et, surtout, armée jusqu’aux dents, elle donnera l’assaut du repaire des méchants avec Kevin et tous deux parviendront de justesse — et même deux fois plutôt qu’une ! — à sauver David des griffes du pervers qui allait abuser de lui.

Simenon sait faire vivre et rendre crédibles la plupart de ses personnages lorsqu’il crée autour d’eux un climat intimiste. Les passages, par exemple, où l’écrivain revient sur sa relation avec sa femme disparue, sur les manques qui l’habitent puis sur l’intensité du lien parental sont plus que pertinents. De même, sa façon de relater les événements qui mènent à l’enlèvement de David et à l’expédition pour le libérer ne manque pas de rythme ni de souffle et rend le roman palpitant. Par contre, ses méchants sont esquissés à trop gros traits et il ne parvient pas à les rendre vraisemblables. Et surtout, cette finale un peu olé olé ne tient pas vraiment la route, même au pays des milices et des justiciers en tous genres.

Extrait de «L’enfant de Garland Road»

A-t-il déjà laissé échapper l’une de ses proies avant David Gallagher ?

— Pas que l’on sache. Nous n’avons trouvé aucune trace de tentatives infructueuses d’enlèvement d’enfants correspondant aux paramètres de nos recherches. Mais toutes ne sont pas rapportées aux autorités, surtout lorsque le perpétrateur n’a pas été suffisamment bien observé pour pouvoir donner un signalement utile. Il semblerait, cependant, que le jeune Gallagher ait été le seul chanceux.

— Fran craint que notre homme ne soit à tel point frustré par son échec qu’il tente de retrouver l’enfant pour une seconde tentative », dit Malone.

Caldwell hocha la tête pensivement.

« Ça ne serait pas typique de ce genre de criminels, mais dans la déviance tout est possible. Je vais alerter notre bureau de Burlington. Sans complément d’informations, je ne peux faire plus. Il serait cependant une bonne chose que l’oncle soit sur ses gardes, prévienne son école d’un risque potentiel et ne laisse pas l’enfant seul en dehors des heures de classe.

L’enfant de Garland Road

★★ 1/2

Pierre Simenon, Plon, Paris, 2019, 326 pages