«Raowl»: gare à Raowl

On peut tous s’identifier à Raowl le mal-aimé, et on voudrait bien pourfendre comme lui les beaux fendants.
Photo: Dupuis On peut tous s’identifier à Raowl le mal-aimé, et on voudrait bien pourfendre comme lui les beaux fendants.

Raowl est une grosse bête monstrueuse, un affreux tendre et gentil a priori. Il fait peur avec sa tronche, mais aussi parce qu’il débite les gens quand il n’est pas content. Il est aussi, mine de rien, un prince charmant, mais seulement quand il éternue. Il devient alors un prince charmant totalement antipathique.

Raowl se cherche une princesse à aimer, et en trouve une, qui s’appelle Belle. Pas de pot, elle le trouve vraiment trop pas beau. « C’est pas parce que je souris que j’ai forcément envie d’avoir votre langue dans le gosier », lui dit-elle.

Amoureux transi, mais tranchant lorsque transi, ça met notre bon Raowl en rage pas possible, et ça fait des ravages dans le monde plus ou moins fantastique et vaguement moyenâgeux où il cherche pourtant à rendre service.

Horreur, Belle est enlevée par erreur. Par une reine cannibale. Pour secourir Belle et obtenir d’elle un bisou, il va « tout péter », comme il dit non sans poésie.

Tébo a trouvé là le héros qu’il cherchait, lui que l’on connaissait surtout pour le Captain Biceps créé avec Zep dans la revue Tchô ! et qui traînait une réputation pas tout à fait usurpée de fada du caca : dans les strips de l’Atelier Mastodonte, il ne parlait que de ça, et en plus, il a commis le diptyque In caca veritas / In pipi veritas chez Glénat.

C’était rigolo, mais Raowl c’est mieux. On peut tous s’identifier à Raowl le mal-aimé, et on voudrait bien pourfendre comme lui les beaux fendants.

« Si je pourris les princes charmants et les princesses qui les aiment dans Raowl, c’est pour me venger de mon enfance », déclare Tébo dans le journal Spirou. « Petit, pour faire des bisous aux filles, je devais les faire rire ou leur faire des dessins. D’autres, plus beaux mecs, avaient des bisous sans rien faire ! »

Nous compatissons. Et l’encourageons dans sa mission. Longue vie à Raowl le romantique, ça va saigner !

Raowl: La Belle et l’Affreux, livre premier

★★★ 1/2

Tébo, Dupuis, Paris, 2019, 71 planches