«Choc»: l’homme sous le heaume

Lever le voile sur le mystère Choc ne pouvait pas être banal, et trois volumes bien ficelés n’auront pas été de trop pour en découdre avec l’homme sous le heaume.
Photo: Dupuis Lever le voile sur le mystère Choc ne pouvait pas être banal, et trois volumes bien ficelés n’auront pas été de trop pour en découdre avec l’homme sous le heaume.

Un autocollant précise : « Fin du récit ». Sur la couverture ET la tranche, c’est déjà bien indiqué : « Troisième et dernière partie ». Le fait est que cette suite lancée sur les chapeaux de roue semble régler le cas vite fait : dès la planche cinq, on a repêché Monsieur Choc, génie du mal, dans le Bosphore, au terme d’une sanglante poursuite. Mais est-ce bien

Choc ? L’inspecteur Fixchusset en doute fort. Pas tuable, à tout le moins pas aussi bêtement, ce criminel aristo sans visage, avec son heaume de chevalier.

Alors quoi ? Suit la grande explication, sur 81 planches pas évidentes à suivre, tant le scénario de Stéphane Colman danse la danse des retours dans le temps.

À la fin « finale », on saura qui est Choc, comment il est devenu le froid, cruel et machiavélique Choc. Histoire où l’enfance hantée, l’amitié trouble, l’amour impossible, un suicide raté, un visage défiguré, une identité usurpée, seront déterminants, sur fond d’Allemagne nazie et d’Angleterre moustachue.

Sacré défi qu’ont relevé là Colman et Maltaite. Comme dans Éric Maltaite, fils de Choc ! Éric est bel et bien le fils de Willy Maltaite, dit Will, pionnier de la bande dessinée franco-belge, qui reprit en 1949 le fil des aventures de Tif et Tondu dans le journal Spirou. Série qu’il dessina jusqu’en… 1991 !

Le scénariste Maurice Rosy fit intervenir en 1955 dans le monde de Tif et Tondu un « ennemi juré », Monsieur Choc, sorte de Fantômas, transformant du coup cette bédé drolatique en polar. Période faste, personnage mythique. Et intouchable, croyait-on.

Se plonger si longtemps après dans le passé pré-Tif et Tondu de Monsieur Choc, sur un mode sombre, terrible, tragique, est une réussite d’autant plus remarquable.

Lever le voile sur le mystère Choc ne pouvait pas être banal, et trois volumes bien ficelés n’auront pas été de trop pour en découdre avec l’homme sous le heaume.

Choc: Les fantômes de Knightgrave, troisième et dernière partie

★★★★

Maltaite et Colman, Dupuis, Paris, 2019, 86 planches