«L’Asie du Sud-Est à la croisée des puissances»: confluences archipélagiques

L’Asie du Sud-Est est un lieu de passage multimillénaire. Et jamais n’a-t-elle autant joué son rôle d’«échangeur» que maintenant.
Photo: STR Agence France-Presse L’Asie du Sud-Est est un lieu de passage multimillénaire. Et jamais n’a-t-elle autant joué son rôle d’«échangeur» que maintenant.

L’Asie du Sud-Est, immense région archipélagique, comme accrochée par les épaules à la Chine. Géographiquement, mais pas que. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle fut le terrain des affrontements parmi les plus chauds de la guerre froide, de peur que la théorie des dominos ne se vérifie.

Elle est aujourd’hui, sur le plan économique, l’un des maillons centraux de la mondialisation néolibérale, de par l’émergence d’un géant chinois animé d’une incontestable volonté hégémonique face à laquelle le Japon, de manière planifiée, et l’Inde, plus hésitante qu’autre chose, tentent de se tailler une place.

Essais à large spectre

Voilà pour la toile de fond de L’Asie du Sud-Est à la croisée des puissances, somme d’essais à large spectre écrits par un collectif de spécialistes québécois.

Pour autant, et c’est ce que cet ouvrage éclaire lisiblement, ce qu’on appelait autrefois l’Indochine ne se résume pas, loin de là, à une région prise en tenailles par plus gros qu’elle.

L’Asie du Sud-Est est un lieu de passage multimillénaire. Et jamais n’a-t-elle autant joué son rôle d’« échangeur » que maintenant. L’hypertrophie des flux commerciaux fait aujourd’hui que de l’Asie émane 60 % du commerce mondial maritime et que le tiers du commerce transocéanique international transite par la — géopolitiquement houleuse — mer de Chine méridionale.

De fait, sa centralité économique — comme carrefour, mais aussi comme foyer de production en prodigieux essor depuis 30 ans — a permis que se forge dans le Sud-Est asiatique une conscience de son identité régionale.

De cette identité, l’ouvrage traite assidûment : de la forme institutionnelle qu’elle a prise avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) aux déficits démocratiques qui caractérisent les onze pays de la région en passant par les injonctions de transparence et de respect des droits de la personne émanant de populations de plus en plus nanties et avisées.

Le Canada face à l’Asie du Sud-Est ? Dans un contexte de désengagement « trumpiste », il pourrait sans doute se montrer plus proactif, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, « puissances moyennes » comme lui. Mais il se tient pour l’essentiel les bras croisés.

L’Asie du Sud-Est à la croisée des puissances

★★★ 1/2

Sous la direction de Serge Granger et Dominique Caouette, PUM, Montréal, 2019, 284 pages