«La colombe d’argent»: épopée hallucinée au cœur de la campagne russe

Avec ce roman écrit en 1908, Andreï Biély livre ici un vibrant morceau d’ethnologie de la campagne russe et de mysticisme mêlé d’érotisme.
Photo: Noir sur blanc Avec ce roman écrit en 1908, Andreï Biély livre ici un vibrant morceau d’ethnologie de la campagne russe et de mysticisme mêlé d’érotisme.

« Encore et encore, dans le jour sans fond, dans le gouffre bleu plein d’éclats brutaux et brûlants de lumière, le clocher de Tselebeïevo lançait ses appels sonores. » Avec une telle ouverture, difficile de ne pas s’engouffrer la tête la première dans La colombe d’argent, épopée mystique de l’un des plus méconnus grands écrivains russes, Andreï Biély.

Darialski, le héros de La colombe d’argent, se laisse séduire vers 1905 par une paysanne inculte qui symbolise pour lui la Russie profonde, avant de tomber sous la coupe du fondateur d’un groupe mystique à l’influence dionysienne et plutôt maléfique, la secte des colombes. À sa façon, il est le prototype de l’intellectuel russe déchiré entre l’Orient et l’Occident, entre passion et raison — éternel conflit, toujours en vigueur.

Avec Alexandre Blok, Andreï Biely (1880-1934), pseudonyme de Boris Nikolaïevitch Bougaïev, poète et romancier qui deviendra adepte de l’anthroposophie de Rudolf Steiner, a été l’un des chefs de file de la seconde génération symboliste en Russie. Son écriture novatrice a fait de lui l’un des maîtres du futurisme russe des années 1920 — un peu l’équivalent de ce qu’a représenté Joyce pour la langue anglaise —, avec son mélange de modernité et de fougue rabelaisienne, de raison et de magie.

En reprenant le riche fonds slave des éditions L’Âge d’homme de Lausanne, en Suisse, les Éditions Noir sur blanc redonnent vie à des textes incontournables.

Avec ce roman écrit en 1908, premier volet d’un projet de trilogie dont la seconde partie deviendra Pétersbourg, roman-poème traversé par les balbutiements de la révolution d’Octobre, Andreï Biély livre ici un vibrant morceau d’ethnologie de la campagne russe et de mysticisme mêlé d’érotisme. Un galop halluciné et l’un des chefs-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle.

La colombe d’argent

★★★★

Andreï Biély, traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton, Noir sur blanc, Paris, 2019, 456 pages