«We Are Young»: cette nuit-là

Ode à l’amitié, ce roman aurait décidément mérité un bien meilleur titre.
Photo: Robert Laffont Ode à l’amitié, ce roman aurait décidément mérité un bien meilleur titre.

Oubliez le titre traduit de la façon la plus paresseuse qui soit (c’est-à-dire sans l’être), la couverture d’un mauve plutôt moche et l’accroche qui laisse présager un mystère cucul, « Entrez dans l’univers de la reine du thriller émotionnel ! » (hmm, êtes-vous sûrs ?). Malgré l’emballage peu titillant dans lequel il est présenté, We Are Young, de Cat Clarke, est de la littérature pour ados de qualité.


Car C. C. sait raconter la jeunesse avec authenticité, sensibilité, honnêteté. Les bouquins de l’écrivaine née en Zambie et résidant à Édimbourg sont rythmés, réalistes, et souvent portés par un cas à éclaircir.

Un accident mortel

Ici, il s’agit d’un accident. Où trois personnes ont trouvé la mort. Ils n’étaient pas amis, tout les séparait. Pourquoi alors se trouvaient-ils tous dans cette voiture cette nuit-là ?

 

Les mots « cette nuit-là » reviendront souvent dans la bouche de la narratrice. Au fil de recherches, elle tentera de découvrir ce qui s’est passé, épaulée par son père, journaliste aux prises avec des problèmes d’alcoolisme. Un père qu’elle appelle ostensiblement par son prénom, et avec lequel elle a coupé les ponts depuis longtemps.

L’action se déroule pendant les vacances scolaires. En pleine canicule. D’ailleurs, quand l’orage éclatera enfin, un personnage s’exclamera avec humour : « C’est mieux ! C’est à ça qu’est supposé ressembler l’été britannique. » Les touches comiques constituent du reste une grande force de l’écrivaine, ex aequo avec ses protagonistes bien dessinés, dotés de complexité, de désirs, pas bébés.

Un filon réussi

La narratrice, guitariste, joue ainsi dans un groupe avec ses deux ex. Un garçon et une fille, dépeints de façon à ce que le lecteur s’y attache d’emblée. Il est beaucoup question de musique dans ce récit, et notamment de Meat Loaf qui « braille qu’il est prêt à tout par amour (enfin presque) ».

Ode à l’amitié, ce roman, qui aurait décidément mérité un bien meilleur titre, aborde de façon directe la sexualité, l’identité, le deuil, la dépression, la vie de famille reconstituée.

Le remariage de la mère avec un animateur de radio matinale à l’humour douteux, un peu quétaine, auquel cette dernière trouve « une voix de caramel » et sa fille « un air de blaireau », est un filon particulièrement réussi.

Si l’on revient une dernière fois à la traduction, on s’étonnera de la masculinisation de certains mots (UN date ? On doute.) et de l’utilisation de termes tel textoter. On se concentrera plutôt sur la justesse des sentiments, la cadence des dialogues et les réalités évoquées : « Je suppose qu’avoir l’air heureux ne veut pas dire qu’on l’est vraiment. »

Notons pour conclure qu’en ouverture, Cat Clarke incite les lecteurs à consulter, en page 341, une liste de ressources et de conseils pour les aider s’ils « rencontrent les problèmes que ce roman soulève ».

Malheureusement, la liste inclut seulement des organismes sis en France, ce qu’il faudrait réviser en cas de nécessité.

Soulignons aussi que la résolution arrive relativement rapidement, compte tenu de la gravité de l’accident et des thèmes traités. Reste que l’on comprend la volonté de ne pas terminer sur une non-issue et un peu de luminosité. On le disait, de qualité.

We Are Young

★★★ 1/2

Cat Clarke, traduit de l’anglais par Fabienne Vidallet, Édition Robert Laffont, Paris, 2019, 346 pages