L’édition 2020 du Petit Robert s’«enfirouape»

«Le Petit Robert» et ses 2880 pages revendiquent 70 000 mots et 300 000 définitions.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le Petit Robert» et ses 2880 pages revendiquent 70 000 mots et 300 000 définitions.

Le Petit Robert a dévoilé lundi en France l’édition 2020 de son fameux dictionnaire. Plusieurs nouveaux mots sont issus de la francophonie, comme le québécois « enfirouaper », ou sont d’origine anglaise, comme « coworking » et « cardiotraining », ou encore viennent du japonais, comme « udon » et « ramen ».

Le Petit Robert et ses 2880 pages revendiquent 70 000 mots et 300 000 définitions et sens dont, comme chaque année, plus d’une centaine de mots nouveaux. « Il n’y a pas de mots sortants dans Le Petit Robert, sauf des mots scientifiques ou techniques totalement périmés et dangereux », affirme le lexicographe Alain Rey, qui a dirigé cette nouvelle édition.

Parmi les mots nouveaux qui viennent enrichir le français, beaucoup viennent de la francophonie, comme le verbe québécois « enfirouaper » (tromper ou duper) ou le verbe belge « jober », employé quand on exerce un emploi occasionnel.

Au-delà des frontières

Mais le français de tous les jours emprunte aussi largement au-delà des frontières de la francophonie. Font ainsi leur entrée dans le dictionnaire les mots d’origine anglaise, comme « coworking » (partager le même espace de travail), « cardiotraining » (activité sportive pratiquée pour renforcer les capacités cardiaques) ou « millénial » (personne devenue adulte aux environs de l’an 2000).

Le japonais fournit de nombreux mots issus de la gastronomie, comme « udon » (nouilles japonaises épaisses), « soba » (pâtes à la farine de sarrasin) et « ramen » (nouilles japonaises d’origine chinoise).

Également nouveau venu, le mot « hygge » (prononcer hugues) vient du danois et traduit l’art de vivre à la danoise. « Krav-maga » (méthode d’autodéfense) vient quant à lui de l’hébreu.

Certains mots voient leur définition élargie. Ainsi, le mot « lanceur » est accompagné du terme « lanceur de balles de défense (LBD) » utilisé dans les opérations de maintien de l’ordre en France. À ce sujet, le mot « anticasseur » fait également son entrée dans le dictionnaire.

On trouve également deux synonymes : « biérologie » et « zythologie » (étude de la bière).

Mais un des mots nouveaux préférés du dessinateur Riad Sattouf — qui signe la couverture du dictionnaire — est « beignerie » (endroit où l’on vend des beignets). « Je pensais que c’était un endroit où l’on se donnait des coups de poing », dit-il en riant.

Andrée A. Michaud se fait «robertiser»

Se glissent dans les nouvelles entrées du grand dictionnaire, aux côtés d’« enfirouaper », comme mots venus de chez nous, « innu », « jarnigoine », « niaisage », « beignerie », « crochir » et « vacher » — dans le sens de « rester à ne rien faire, paresser ».

On trouve aussi la locution « brûlement d’estomac », l’étonnant « coup de coeur » pour désigner un effort intense, « être bête comme ses pieds », un temps « sortable » et un être capable de « cochonneries », soit de mauvais coup à autrui. Surprise, le « latte », tout italien qu’il soit, après un détour par l’anglais, entre au Robert comme étant utilisé depuis 1998 au Canada.

Du côté des noms propres, la romancière Andrée A. Michaud se fait « robertiser », comme la physicienne Donna Strickland. Et si Kent Nagano fait son entrée comme « chef d’orchestre américain », on le mentionnera tout de même ici aussi…
Le Devoir