Les flâneurs


Odile Tremblay

L’empreinte des grandes dames
On devait déjà en 2004 au Montréalais Joseph Hillel l’admirable documentaire sur l’architecte Mies Van der Rohe, où Phyllis Lambert était très présente. Dans le même champ des métropoles réinventées par des visionnaires, il braque, avec Rêveuses de villes (dans nos salles), ses lumières sur quatre pionnières ayant démarré leur carrière dans un milieu d’extrême machisme pour offrir ensuite à l’art de la cité une perspective globale, humaine et militante, mariant oeuvres lumineuses et espaces verts. Ajoutez un travail militant pour sauver les bâtiments patrimoniaux de la destruction, particulièrement à Montréal grâce aux efforts de Blanche Lemko van Gimkel et de son mari, puis de Phyllis Lambert. Et dans ce beau documentaire, où les images voguent entre les villes d’hier ressurgies en archives et celles d’aujourd’hui à Montréal, Toronto, Vancouver et Philadelphie, la haute vision de ces architectes et urbanistes, dont celles aussi de Denise Scott Brown et de Cornelia Hahn Oberlander, nous offre une leçon de vie et d’histoire.


Louise-Maude Rioux Soucy

Le brillantissime oratorio de Bürger

C’est dans le secret des pages que l’évidence frappe avec plus d’acuité. Les Hardings, oratorio à trois voix d’Alexia Bürger ayant pour toile de fond le drame de Mégantic, est une grande pièce. Au CTDA, on se rappelle avoir été ébloui par la finesse de cet objet remarquable croisant un cheminot québécois, un assureur américain et un chercheur néo-zélandais partageant le patronyme de Thomas Harding. Paru chez Atelier 10, son texte brillantissime donne la pleine mesure de la maestria de Bürger qui, refusant tout sentimentalisme, chavire en arpentant avec aplomb nos conformismes comme nos responsabilités collectives et individuelles.


Catherine Lalonde

Un chant de liberté

Le grand roman de l’Américaine Zora Neale Hurston reste trop peu connu. Et leurs yeux dardaient sur Dieu, retraduit en français l’an dernier chez Zulma et paru d’abord en 1937, est encore aujourd’hui un chant brûlant de liberté et d’émancipation. Janie, née libre dans une Amérique qui se sort doucement de l’esclavage et reste profondément raciste, y narre sa vie. Surtout sa grande histoire d’amour, belle et tristement belle, avec Tea Cake. Les choix de traduction radicalement musicaux et poétiques de Sika Fakambi sont part de l’enchantement. Un must.


Amélie Gaudreau

Se relever après la tempête
Les récits de combat (glorieux) de jeunes gens contre un cancer font rarement dans la subtilité au petit et au grand écran. La série Jenny, réalisée et scénarisée par Jean-Sébastien Lord et diffusée sur unis.tv (tous les épisodes sont en ligne), évite habilement le mélo mielleux en racontant le parcours d’une jeune fille atteinte de leucémie (épatante Émilie Bierre) La deuxième saison, en cours de diffusion, s’avère encore plus intéressante dans le récit de l’après-maladie pour l’adolescente rescapée, mais en profonde crise d’identité.