«La vie secrète des écrivains»: le secret de Musso

Sous le vernis du suspense efficace, le livre de Guillaume Musso est notamment une forme d’hommage léger à la littérature.
Photo: Joël Saget Agence France-Presse Sous le vernis du suspense efficace, le livre de Guillaume Musso est notamment une forme d’hommage léger à la littérature.

Traduits en une quarantaine de langues, les romans de Guillaume Musso se seraient vendus à 32 millions d’exemplaires. La jeune fille et la nuit (2017) en poche et La vie secrète des écrivains, qui vient de sortir, occupent respectivement la première et la deuxième place des ventes de livres en France. Hypersalivation, haussements de sourcils, moues de dégoût, indifférence feinte : les réactions varient. Allons voir.

Absent de la scène littéraire depuis une vingtaine d’années, Nathan Fawles, « l’auteur du mythique Loreleï Strange » (et de deux autres romans cultes), continue de fasciner. Retiré sur petite une île de la Méditerranée au large de la France, l’écrivain franco-américain s’est transformé en fantôme.

Raphaël Bataille, un apprenti écrivain dont le manuscrit a été rejeté par une dizaine de maisons d’édition françaises, grand admirateur de Nathan Fawles, s’arrange pour décrocher un poste de commis pour l’été dans l’unique librairie de l’île de Beaumont, La Rose écarlate. Objectif : tenter d’approcher son idole, de lui soutirer quelques conseils et, qui sait, de lui faire lire son manuscrit.

Mais les choses ne seront pas aussi fluides. Une journaliste suisse y est aussi sur les traces de Fawles et on trouvera le cadavre d’une femme crucifiée à un eucalyptus avant que ne soit décrété le blocus de l’île.

Avec un ou deux meurtres — et même un peu plus —, un narrateur qui a tout à gagner, une peine d’amour inconsolable, des secrets de famille tissés à une sombre histoire de vengeance, tous les ingrédients semblent réunis pour nous faire rapidement tourner les pages. Et puis cette promesse impossible : lever le voile sur la « vie secrète » des écrivains.

Adepte de la régularité, l’écrivain français, né en 1974 à Antibes, enfile depuis Et après… (XO éditions), son deuxième livre et premier grand succès en 2004, les romans et les succès de librairie, pondant bon an mal an un livre tous les 365 jours.

Si Musso délaisse cette fois les États-Unis, pays qui par un mélange de fascination et d’opportunisme alimentait la plupart de ses romans, nous donnant l’un de ses romans les plus français, il subsiste malgré tout une impression de déjà lu.

Pas désagréable, mais peut-être un peu court en bouche.

Et sous le vernis du suspense efficace, La vie secrète des écrivains est aussi une forme d’hommage léger à la littérature. La défense et l’illustration d’une certaine conception de la littérature et l’occasion, surtout, d’une explication avec l’éternelle opposition entre style et récit.

On devine de quel côté se range Guillaume Musso, abonné aux chiffres de vente astronomiques, facilement snobé par l’institution littéraire et les gardiens du bon goût.

Pour le reste, l’écrivain a assez d’humour — et d’humilité — pour citer Dany Laferrière : « La première qualité d’un écrivain, c’est d’avoir de bonnes fesses. » Inutile de chercher plus loin. Il n’y a pas de secret.

Extrait de «La vie secrète des écrivains»

« Par son écriture unique, Fawles me semblait s’adresser directement à moi. Ses romans étaient fluides, vivants, intenses. Moi qui ne suis pourtant fan de personne, j’avais lu et relu ses livres car ils me parlaient de moi, de la relation aux autres, de la difficulté à tenir le gouvernail de sa vie, de la vulnérabilité des hommes et de la fragilité de notre existence. Ils me donnaient de la force et décuplaient mon envie d’écrire. »