«Rédemption»: tous les cowboys ne vont pas au paradis

Leif Tande signe un western qui respecte, en partie, les conventions du genre, mais c’est aussi une histoire biblique dans le plus pur sens du terme.
Photo: Glénat Québec Leif Tande signe un western qui respecte, en partie, les conventions du genre, mais c’est aussi une histoire biblique dans le plus pur sens du terme.

Évidemment, le nom du bédéiste québécois Leif Tande (Éric Asselin) sur la couverture est en soi un avertissement : à partir d’ici, tout peut arriver, autant en ce qui concerne la forme qu’en ce qui concerne le fond. Pour ce premier tome de Rédemption, une nouvelle trilogie dont les deux autres volets devraient paraître cette année, c’est un sentiment d’étrange familiarité qui déstabilise le lecteur. Oui, c’est un western qui respecte, en partie, les conventions du genre, mais c’est aussi une histoire biblique dans le plus pur sens du terme.

Au milieu de tout ça, un cowboy qui s’appelle Mike, qui sacre en québécois et qui erre dans un Far West version Tande, un espace qui, avant même d’être l’endroit métaphorique où l’homme retrouve sa virginité et refait sa vie, est plutôt un lieu de déchéance où on meurt d’une maladie inconnue ou assassiné par un géant autochtone sourd et muet.

Et comme Mike n’est pas à sa place dans cet univers où il n’a pas sa raison d’être, il a soif d’alcool. Une soif qui lui sert à geler ce mal-être qui va le pousser au plus profond de son malaise tout en le tuant à petit feu. Telle est, en apparence, sa quête : mourir. Mais, bien sûr, les apparences sont souvent trompeuses, le lecteur le comprend bien assez vite, et il y a quelque chose de beaucoup plus profond qui empêche ce personnage de connaître la paix. Parce que si l’enfer, c’est de ne jamais rencontrer Dieu, perdre le privilège d’être en relation directe avec Lui doit amener à un degré de souffrance supérieure. C’est là qu’il se situe dans sa tête, le pauvre Mike.

Pour ce qui est des conventions inhérentes au genre, l’auteur s’abreuve ici à même le western spaghetti en ce qui a trait, entre autres, au découpage des cases. Il y a alternance entre gros plans et plans éloignés, et un étirement du temps qui fait en sorte qu’une seconde peut durer deux pages.

Ça invite le lecteur à se perdre dans un dessin somme toute assez schématique, un genre de ligne grasse qui ne fait pas dans la finesse et qui sert très bien cette bédé.

Pour ce qui est du scénario, celui-ci est d’une simplicité redoutable et désarmante. Rien n’est trop expliqué et Tande s’amuse à parsemer le récit de références qui servent à bien saisir l’ensemble du sous-texte de cette histoire qui en cache une autre. Donc, pas de phylactères verbeux ici, que de l’efficacité. Le piège de trop vouloir en dire est évité.

Bref, un début de trilogie bien réussi, un premier acte qui donne envie de connaître la suite des péripéties de Mike le cowboy qui n’est pas un ange, et on espère sincèrement que les deux prochains tomes sauront développer ce personnage, qui a tout pour être détestable, mais qui a quand même, on le devine, quelque chose de bon en lui. Et, étant donné la qualité de l’oeuvre de Leif Tande, et surtout sa constance, il serait surprenant que cette histoire parte dans tous les sens. Quoi que, ça ne serait pas inintéressant !
 

Rédemption, tome 1: La maladie et la guerre

★★★★

Leif Tande, Glénat Québec, 2019, 144 pages